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par le Conseil de la Musique

Berry

Beatmaker des stars

Nicolas Capart

C’est un secret de moins en moins bien gardé. Depuis son studio ixellois, Berry enchaîne les succès et fait gonfler la rumeur. Damso, Booba, Wejdene, Maes… Les collaborations de prestige se succèdent et les disques de platine s’alignent sur les murs de Wazana Records. Rencontre avec un beatmaker qui change les notes en or.

Rap•Urbain•Soul Électro #beatmaker #hip-hop

L’histoire de Berry débute à Kinshasa il y a 28 ans, mais se poursuit en Belgique assez rapidement. Issus d’une très grande famille, lui et son frère jumeau sont parmi les plus petits. Plutôt bon élève jusqu’à son arrivée en secondaire à Molenbeek, il se rêve footballeur à l’adolescence, joue au Brussels et passe par l’Eendracht d’Alost où il réside un temps. Mais, vers sa vingtaine, le jeune homme contracte la tuberculose… "L’âge où c’est crucial niveau carrière dans le foot, le moment où tu franchis le cap ou pas…"

Le ballon rond s’éloigne

Son traitement durera 18 mois. Et c’est à l’hôpital, s’ennuyant fermement, qu’il décide de se pencher sur la musique. Son ami Jay est le premier à écouter ses sons. "Le premier à me mentir en disant que c’est du lourd, qu’il y a moyen de faire quelque chose…" Il deviendra son conseiller puis manager en ce début de carrière.

Studio monté

C’est en retrouvant un autre ami que va s’amorcer pour Berry un tournant plus professionnel. "J’accompagnais mon cousin chez un gars qui avait un home-studio à la campagne et, lorsqu’il a ouvert la porte, j’ai découvert mon pote Waz (…) Il y avait du passage, les gens faisaient une longue route pour venir enregistrer chez lui. En discutant, on a évoqué l’idée d’ouvrir un studio ensemble. Quelques jours plus tard, Waz m’a rappelé pour me dire qu’il cherchait un associé pour monter un studio à Bruxelles… Et on l’a fait." Un an après l’ouverture du Studio Wazana, Berry conclut un deal avec Universal. "J’ai signé sans gros placement, c’est-à-dire sans avoir fait de titre pour un artiste connu. C’est du travail de développement. L’intérêt d’Universal est arrivé autour d’une collaboration que j’ai faite avec Wills Tengaishy. On commençait à faire pas mal de bruit sur Bruxelles… Et ça a créé une émulation autour du studio."

Berry

J’ai fait tomber les dernières barrières, j’ai même fait de la house...

 
Contrat signé

Si d’aucuns beatmakers, jadis relayés au statut de pousseur de disques, ont longtemps souffert d’un manque de considération de la part de la profession, les mutations qu’a connu la scène hip-hop ces dix dernières années semblent avoir changé la donne. Berry, en tant que producteur, a signé un contrat d’édition avec Universal. "Un contrat d’édition, comme les romanciers ou les auteurs. Sur une période donnée, le label te verse une avance pour créer de la musique, en échange d’un pourcentage des recettes futures que va générer ta production." Un pari sur l’avenir du Bruxellois, qui rêve de voir un album compilé de ses sons publié en son nom (Berry feat…), à l’instar d’autres producteurs comme Myth Syzer ou Ikaz Boi. "C’est la finalité ! Les Américains ont exporté ce modèle en starifiant les compositeurs. Toute cette génération de producteurs d’Atlanta, Metro Boomin en tête… C’est vers ça que j’aimerai me diriger."


En attendant, on trouve déjà de jolis trophées au tableau de chasse de Berry : Vegedream & Damso (Personne), Bolémvn & Maes (10k), Booba (Dolce Vita) ou encore Wejdene faiseuse de tubes dans l’Hexagone (16). "J’ai fait tomber les dernières barrières, j’ai même fait de la house… Je suis lancé maintenant ! Je veux faire de la musique qu’un maximum de gens aiment, qu’importe le style… Et être reconnu comme un artiste à part entière." Aujourd’hui, le studio Wazana Records existe depuis trois ans déjà. Et pas mal de monde est passé par là. La famille bien sûr, pas mal de rappeurs de la scène bruxelloise aussi (Gutti, Geeeko, Stone), et même quelques guests internationaux de passage (13 Block, Gunna, Rich the Kid, Fabregas)… Quasiment chaque nuit, vous y trouverez Berry, en train de concocter son prochain hit. À rêver de placer un son pour Future, Drake, Lil’ Wayne – "même si il est un peu dans le mal, je reste fan" – ou pourquoi pas Aya Nakamura. Bientôt, c’est sûr vous danserez sur une prod’ de Berry !