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par le Conseil de la Musique

Green Montana

Vers l'infini et au-delà

Nicolas Alsteen

Repéré par Isha, signé sur le label de Booba, Green Montana évacue sa mélancolie sur des textes filtrés à l’Auto-Tune. Addictif et bien intoxiqué, son premier album repousse les frontières du rap francophone. 

Rap•Urbain•Soul #son·of·booba #1er·album
Green Montana avec les lunettes de Claudy Focan

Du côté de Verviers, beaucoup se plaisent à ressasser l’histoire. Les souvenirs d’une industrie florissante y croisent les grands succès de Pierre Rapsat ou d’incroyables victoires de Philippe Gilbert. Autant de triomphes pour oublier les défaites. Car, dans les faits, le lustre d’antan a laissé place à un taux de chômage galopant. Verviers se cherche donc un futur. Ça tombe bien : Green Montana est justement en train de graver l’avenir du rap avec Alaska, un premier album signé sur le label de Booba. Le dernier artiste belge à s’être illustré sur les rangs de la prestigieuse écurie 92i s’appelait Damso. C’est un détail. Mais cela situe la marge de progression du Verviétois qui, avant cela, s’est aguerri au sein du collectif Montana. « C’était en 2014, retrace-t-il sous ses faux airs de JoeyStarr. Avant cette expérience collective, j’écrivais des textes dans le plus grand secret. Je faisais ça comme je fumais de la beuh. Juste pour passer le temps. Je n’imaginais pas faire carrière là-dedans ». Accompagné de son pote Chico et de cinq autres rappeurs locaux, le petit Green monte alors en puissance. « Mais les activités de notre collectif se limitaient à Verviers. Nous n’avons rien fait en dehors des murs de la ville. » Le contact avec le monde extérieur va s’établir via Isha. Le rappeur bruxellois décèle d’emblée l’énorme potentiel de Green Montana. « Il est venu me chercher. C’est lui qui a lancé les bases de mon projet solo. Je ne lui demandais rien et, au final, je lui dois tout. »
 

Green Montana

Pas question de m’arrêter aux frontières des pays francophones.
Mes mélodies ont une dimension universelle.



Mission Coachella

L’acte de naissance de Green Montana est validé par Le mort, un premier morceau diffusé sur YouTube à l’hiver 2017. Dans cette vidéo, le garçon aligne des kilomètres de longues feuilles pour assurer le bon déroulement de sa consommation personnelle. Green Montana fait honneur à son blase : il fume beaucoup et cela s’entend. Lessivé à l’Auto-Tune, son flow narcotique plane sur des mélodies alanguies et aguicheuses à souhait. Héritier de Kanye West et de son chef-d’œuvre vocodé (l’album 808s & Heartbreak), Green Montana roule sur les autoroutes auto-tunées de T-Pain, Future ou Young Thug. Associé à sa culture francophone, cet ADN yankee marque sa singularité et attise la curiosité. « Plusieurs maisons de disques se sont manifestées. Mais dès que 92i est entré dans la danse, j’ai balayé les autres propositions. Travailler aux côtés de Booba, c’est une opportunité unique. Il me pousse à donner le meilleur de moi-même. C’est quelqu’un de bienveillant. Il m’encadre et me conseille. Quand je lui soumets un titre, il sait directement ce que je dois en faire. » En phase avec les consignes du Duc de Boulogne, Green Montana enquille les singles (Risques, Les Ennuis) avec une aisance déconcertante. Vaste territoire, Alaska est un disque aux climats subpolaires et mélancoliques. Comme chez PNL, le rap est ici submergé d’incessants vagues à l’âme. « La musique retranscrit mes émotions. Dans la vie, j’ai tendance à aller de l’avant. Toutefois, il m’arrive de repenser à des bons moments, en sachant très bien qu’ils appartiennent définitivement au passé Au final, les morceaux en disent beaucoup sur moi. Je suis un mec nostalgique et rancunier. Ce sont mes principales faiblesses, mais aussi mes plus grandes forces. »

Conscient de ses ressources, l’artiste s’apprête désormais à défendre son album sur scène. « Ce serait déjà bien cool de faire Les Ardentes, dit-il. Mais la vérité, c’est que je veux être sur l’affiche du Rolling Loud ou du Coachella Festival. Pas question de m’arrêter aux frontières des pays francophones. Mes mélodies ont une dimension universelle. » De Verviers à l’autre bout du monde, Green Montana voit donc les choses en grand. Il aurait tort de s’en priver.


Green Montana
Alaska
92i Records