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par le Conseil de la Musique

Badi

Le trouble-fête

Nicolas Capart

Visage bien connu dans les couloirs de notre scène rap nationale, Badi poursuit sa route et ajoute à sa discographie une nouvelle pierre. Le 30 octobre dernier, celui que d’aucuns surnomment le "Belgicain" a publié Trouble-Fête, un 2e album bardé d’envies, de mélodies et de "punchlines" bien senties.

Rap•Urbain•Soul N/B dancing·king
Badi, un disque, un label, une ligne de vêtements

À 40 ans, l’artiste bruxellois Badibanga Ndeka opère un retour remarqué. Après deux EP's et l’album Article XV publié à l’été 2017, Trouble-Fête est la première sortie de Batakari, nouveau label parent de la célèbre maison britannique BBE. À sa tête et aux commandes du disque de Badi, on trouve le talentueux producteur centre africain Boddhi Satva. Et au fil des pistes quelques invité·e·s, dont Zap Mama.

Avant tout, comment se sont passés ces derniers mois pour vous ?
Quand le confinement a commencé, on avait fini l’album, qui devait sortir en avril. Du coup, on a décidé de reporter et j’en ai profité pour être créatif, bosser la suite. Je recevais des sons d’un nouveau producteur pour le prochain projet, donc j’ai écrit… À côté de ça, bien sûr, j’ai passé un maximum de temps avec ma famille aussi (Badi a 3 enfants, de 15, 11 et 7 ans, ndlr)

Vous êtes né à Bruxelles de parents congolais et votre père a mis très longtemps pour être régularisé…
Mon père est arrivé en Belgique en 1977 mais a perdu ses papiers à la fin des études qu’il était venu terminer. Cette situation a duré une dizaine d’années, rythmées par les ordres de quitter le territoire et les visites des policiers. C’était d’autant plus bizarre que j’ai été le premier de ma famille à naître ici et que, contrairement à mes parents, j’avais ma carte d’identité. Mine de rien, ces années-là ont façonné ma perception de la Belgique, de ses incohérences et contradictions… Puis, ma manière de faire de la musique.

Vous êtes surnommé "le Belgicain" dans votre famille (par son oncle Papa Rondo, jadis musicien du célèbre groupe OK Jazz). Vexé ?
Pas vraiment, je m’y suis habitué. Pour y faire allusion, j’avais écrit un morceau intitulé Belgicain dans mon EP Matonge. Je me suis emparé de l’expression et je l’ai transformée à ma manière en quelque chose de positif. Oui, je suis né en Belgique mais, oui, mes racines africaines sont toujours là, bien présentes elles aussi.
 

Badi

La sensation d’être partagé entre l’envie de dire des choses
qui comptent et celle de faire danser le public.

 

Dans vos travaux précédents, vous dites aussi être « noir de peau et blanc de cœur ». On vous a reproché cette phrase ?
Un peu… Après, c’est une phrase volontairement provoc’. Beaucoup l’ont prise au premier degré. Ce n’est pas que je me sens blanc. Blanc de cœur, ici, signifie que je n’ai rien de négatif dans le cœur. Rien à voir avec la peau. Malheureusement, pour énormément de gens, le débat reste binaire : soit tu es Belge, soit tu es Congolais. Être les deux, être belgicain, c’est compliqué. Cette question a été le moteur de titres du nouvel album, comme Mauvaise Ambiance. Certains voudraient t’obliger à choisir, mais on peut être les deux.

Un cœur blanc mais point trop léger, avec des textes parfois très sombres, non ?
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être pessimiste. Comme disait Notorious BIG, l’intérêt du rap et de la musique, c’est de pouvoir aborder une thématique négative et de la transcender, la transformer en quelque chose de positif. Assumer les choses dures, pour en sortir. C’est comme une thérapie pour moi. Écrire, en parler, rapper devant un public, me permet de sortir tout ça.

En 10 ans, votre musique a traversé différentes phases et connu des changements de styles, du rap au r’n’b en passant par l’afro pop au sens large. Quelle(s) couleur(s) a Trouble-Fête ?
Avant, lorsqu’on me faisait ce reproche, qu’on me disait que je changeais souvent de style, que je semblais encore me chercher, je ne comprenais pas… Et je ne le prenais pas bien. Maintenant ça va mieux, je ne m’en offusque plus. Mais je continue à penser qu’on peut changer d’univers au fil d’un disque. Pour le nouvel album, c’est mon ami Boddhi Satva qui s’est chargé de toute la production. Le gars a bossé avec tout le monde, Oumou Sangaré, Bilal, Davido, Arafat… Il décrit sa musique comme de l’ancestral soul, et un son afro-house. Ce sont donc les couleurs de Trouble-Fête.

Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre le message et le festif ? L’engagement et la légèreté ?
Les sons de Boddhi sont très dansants. Et c’est dans cette direction que je souhaitais aller pour ce disque. C’est d’ailleurs ce que l’on a fait globalement, même si j’ai été un peu rattrapé par mes textes. Il a donc en effet fallu trouver le bon équilibre, et c’est là que le titre de l’album trouve son origine. La sensation d’être partagé entre l’envie de dire des choses qui comptent et celle de faire danser le public. Ne pas choisir, c’était l’idée.


Badi
Trouble-Fête
Batakari