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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Caballero & JeanJass

Un trip bien assaisonné

Nicolas Alsteen

Jamais à court de vannes, Caballero & JeanJass se surpassent dans la 3e saison de High & Fines Herbes. Animateurs vedettes de leur émission – toujours dédiée à la cuisine et aux vapeurs magiques –, les deux rappeurs enchaînent les blagues potaches, tout en distribuant des longues feuilles à leurs invités de marque. Prétexte à une mixtape bourrée d’énormes collaborations !

Partagez ! Rap•Urbain•Soul #hiphop #websérie #mixtape
Les chefs en cuisine

La 3e saison de High & Fines Herbes est un délice. Pour comprendre la recette du succès, il convient de remonter la ligne du temps. Créée en 2017 par Caballero & JeanJass, l’émission voit le jour sur YouTube. Quelque part entre les capsules culinaires du rappeur new-yorkais Action Bronson (Action in the Kitchen) et Les Recettes Pompettes – émission de variété où des célébrités préparent des petits plats dans un état d’ébriété avancé –, High & Fines Herbes trouve sa voie lorsque les Bruxellois rencontrent Jean-Baptiste Bonhomme, un cuistot originaire de la région dijonnaise. « C’est lui qui a trouvé le nom et le concept de notre émission », confie JeanJass. Bien motivés par les idées du Français, les rappeurs l’embarquent à Bruxelles et mijotent des repas à base de cannabis dans la cuisine de leur manager. « C’était un plan à l’arrache. En gros, on se filmait en train de fumer dans un divan et puis, complètement défoncés, on essayait de reproduire les recettes concoctées par Jean-Baptiste avec un invité. » Malgré son côté amateur, l’émission remporte un franc succès. À tel point qu’au moment d’aborder la deuxième saison, le duo est contacté par un média bien établi : « Le magazine Vice souhaitait diffuser notre bazar via Viceland, sa branche télévisée. C’est comme ça que nous avons fait la connaissance du réalisateur Romain Moriconi avec qui nous partageons un humour très con, dans l’esprit des Robins des Bois ou des Nuls. Cette seconde rencontre s’avère déterminante. » L’apport du réalisateur propulse en effet l’émission dans une nouvelle dimension.
 

JeanJass
Parodier des programmes de téléréalité et des émissions de jeux comme Fort Boyard,
c’était l’occasion d’exploiter nos envies les plus farfelues.


Sortie aux premiers jours du confinement, la saison 3 est produite par HKCorp, société détenue par les musiciens des groupes Pleymo et Enhancer. Depuis leurs années nu-metal, ceux-ci se sont reconvertis avec succès dans la production de clips pour les plus gros vendeurs du marché (de Skrillex à Booba en passant par Julien Doré). Cette fois, High & Fines Herbes se joue au croisement de la télé-réalité, d’une émission culinaire et d’un concours de fumeurs de weed. « Cela correspond enfin à ce que l’on imaginait quand on s’est lancé dans ce délire », assure JeanJass. « Parodier des programmes de téléréalité et des émissions de jeux comme Fort Boyard, c’était l’occasion d’exploiter nos envies les plus farfelues. » Au cœur de la saison 3, une véritable compétition oppose six candidats triés parmi les plus gros fumeurs de France et de Navarre. Pendant une semaine, les caméras suivent ces joyeux drilles dans une villa de la banlieue de Barcelone. « Pourquoi enregistrer là-bas ? Parce que les lois en matière de cannabis y sont assez souples. La Catalogne est la Californie européenne. La famille de Caballero est originaire de la région, nous avons donc des contacts et connaissons les adresses des meilleurs clubs pour obtenir une herbe bio de première qualité. Et puis, il fallait envoyer du rêve. Dans un chalet, à Marcinelle, sans piscine ni soleil… » À chaque épisode, de nouveaux invités surgissent dans la villa. Lomepal, Roméo Elvis, Oxmo Puccino ou BigFlo & Oli délirent ainsi en compagne des compétiteurs Youv Dee, Senamo, Di-Meh, Luv Resval, Alkpote et SlimKa. Chaque jour, ceux-ci passent des épreuves riches en THC afin d’empocher un maximum de longues feuilles. Au terme de la compétition, le vainqueur décroche le titre du “poumon d’or” avec, à la clé, non pas une médaille, mais un véritable bijou : une chaîne en or (qui brille) capable de supporter le poids d’un pendentif à l’effigie d’un joint roulé dans les règles de l’art.

Le banana spliff

Quand tout le monde a trop fumé, les estomacs crient famine. Entourés par les invités du jour, Caballero & JeanJass suivent les recettes édictées par Jean-Baptiste Bonhomme. Entre poêlons et casseroles, les ingrédients sont toujours épicés de cannabis. De l’entrée au cake, tout ce qui se cuisine ici est un peu “space”. Faut-il, dès lors, voir High & Fines Herbes comme une apologie des drogues douces ? « Nous présentons le cannabis comme un truc cool. Notre but est de faire rire, mais aussi d’ouvrir le débat. Comme pour l’alcool, la présence de la marijuana au sein de la société ne peut plus être un sujet tabou… » Au registre santé publique, ICO et Lomepal sont les premiers convives non-fumeurs de l’aventure. Autre nouveauté : la présence de Liza Del Sierra, actrice et première femme invitée à rouler des joints. « Les filles sont encore sous-représentées dans le rap », constate JeanJass. « Il était donc essentiel de montrer que les meufs sont là, que certaines fument et qu’elles se marrent bien avec ce genre de divertissement. La saison 3 témoigne de l’évolution des mentalités. En cela, la présence de Benjamin Chulvanij est significative. Le boss du label Def Jam Recordings a cinquante ans. Ce n’est pas un adolescent. Toutes les générations sont représentées. »

Du poumon au disque d’or ?

La saison 3 de High & Fines Herbes sert aussi de prétexte à l’enregistrement d’une nouvelle mixtape. « Toutes les personnes qui apparaissent au casting sont à nos côtés sur le disque. Mais il y a aussi des collaborations bonus. » Le single Un cadeau, avec Roméo Elvis et SlimKa, a vu le jour à Barcelone. « C’est le seul titre qui est né là-bas », précise JeanJass. Du reste, la mixtape n’entretient aucun lien direct à l’émission. « On se voyait mal composer vingt-cinq morceaux sur le thème de la weed et de la cuisine », plaisante-t-il. « Avant d’être des divertisseurs, nous sommes des rappeurs. Cela implique d’apporter un soin tout particulier au processus créatif. De l’écriture aux productions, l’idée était d’abord d’enregistrer de bonnes chansons. » Durant l’interview, JeanJass n’oublie jamais de rappeler que High & Fines Herbes est la meilleure émission du monde. « C’est évident ! Ce divertissement casse les codes de la télé-réalité. En plus, il y a des rappeurs drôles et super connus. Il y a les meilleurs produits disponibles sur le marché alimentaire et les meilleures drogues douces d’Europe. Nous avons réussi à faire une nouvelle recette avec des ingrédients que tout le monde connaît. C’est une belle performance, non ? »


Caballero & JeanJass
High & Fines Herbes
Universal