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par le Conseil de la Musique

Quatuor Akhtamar

Légende arménienne

Stéphane Renard

Franche réussite pour le premier CD du quatuor Akhtamar : technique brillante, couleur personnelle, cohésion parfaite. Une belle promesse d’avenir pour cet ensemble né au Conservatoire de Bruxelles et dont le disque initiatique offre une passionnante plongée au cœur de la musique arménienne. Passée et présente.

Classique•Contemporain #album #arménie
Un quatuor, une promesse d'avenir

Elles ont été formées auprès des meilleurs – Guy Danel, Quatuor Artemis… Elles savent ce qu’elles veulent – la quête du son parfait. Elles sont éclectiques – de Haydn à Cage en passant par la création contemporaine. Et elles ont attendu le temps qu’il fallait – elles sont professionnelles depuis six ans – pour graver leur disque fondateur. Lequel sera pour tous ceux qui ne les ont jamais entendues sur scène, une vraie découverte, tant sur le plan de leur musicalité que du répertoire. Le choix de cette “légende arménienne” a en effet été inspirée au quatuor par les racines familiales de Coline Alécian, premier violon : Mon grand-père, violoncelliste arménien, avait participé en France au premier enregistrement des miniatures du Père Komitas. Cette œuvre m’a toujours accompagnée. Lorsque nous avons lancé le quatuor, j’ai proposé cette musique magnifique mais peu connue, et mes partenaires ont tout de suite accepté.

D’où le nom du quatuor…
… qui évoque la légende arménienne d’Akhtamar. La princesse Tamar vivait sur une île au milieu du lac Van, que son soupirant rejoignait chaque nuit à la nage, guidé par la lumière qu’elle allumait. Jusqu’au soir où son père la surprit, brisa la lampe et provoqua la noyade du jeune homme. Lequel, en sombrant, aurait crié « Ahk Tamar », Oh ! Tamar…

Qui était le Père Komitas, dont vous nous offrez les miniatures ?
C’était un prêtre arménien né en 1869. Il a fait un remarquable travail d’ethnomusicologie en recueillant les thèmes populaires des chants et des danses dans tout le Caucase, et pas seulement en Arménie. Cela dit, ses miniatures ont été arrangées par le violoncelliste arménien Sergei Aslamazyan, décédé en 1978. Il nourrissait une véritable passion pour Komitas et le patrimoine musical qu’il avait pu préserver avant le génocide. Il admirait d’ailleurs tellement Komitas que sur les partitions, il lui attribue toujours la paternité de ces œuvres, alors que ce sont en fait ses propres transcriptions. Il en est le vrai compositeur. La seconde œuvre à découvrir sur votre CD est une création de la pianiste Eugénie Alécian, qui vous a dédié un “quatuor arménien” … C’est une pièce qui nous parle d’autant plus que la compositrice nous connaît bien et s’est inspirée de nos caractères et de nos personnalités pour le composer. Une expérience unique…

À propos de tempéraments, un quatuor est une famille. La recette de votre entente ?
Comme nous sommes quatre solistes dont le son ne peut naître que de notre parfaite complicité, nous la renforçons avec une coach. Elle nous prépare mentalement et physiquement, mais développe aussi notre communication interpersonnelle. C’est essentiel car toute décision est prise à l’unanimité.

 

Coline Alécian
Nous savons que la route d’un quatuor est longue.
En fait, un quatuor n’arrête jamais de se perfectionner.


Et si vous deviez définir le rôle de chacune ?
Comme me l’a dit un jour un professeur, un quatuor est comme une bouteille de vin. Le violoncelliste représente la bouteille et le bouchon. Le second violon et l’alto composent le vin. Et le premier violon l’étiquette. C’est très vrai. Le violoncelle soutient le tout. Le milieu fait la qualité et la justesse du son. Et le premier violon, mis en avant avec des traits virtuoses, est surtout là pour attirer l’oreille car ce qui est intéressant, c’est tout ce qu’il y a derrière !

Vous avez longuement mûri ce CD. C’était une véritable quête de la perfection ?
Absolument ! Nous avons eu la chance de l’enregistrer au Concertgebouw de Bruges et nous l’avons fait sans partitions. Nous voulions vraiment jouer d’instinct. Nous savons que la route d’un quatuor est longue. Nous suivons d’ailleurs en ce moment des master classes à l’Institut Haydn de Vienne, le graal pour travailler Haydn et Beethoven avec des Viennois. En fait, un quatuor n’arrête jamais de se perfectionner. C’est la formation la plus exigeante qui soit. Mais quel répertoire !


 Akhtamar Quartet
Komitas - Eugénie Alécian Légende Arménienne
Cypres Records