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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

YellowStraps

Soul de chambre

Didier Stiers

Treize titres, seize invités sollicités virtuellement aux quatre coins du monde et un processus de création documenté jour après jour sur le Net : avec Crayon, Primero, Blackwave, AgaJon et les autres, le confinement a permis aux frangins de s’essayer à la soul de chambre’.

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YellowStraps, champions de sape synchronisée

Activités chamboulées pour cause de crise sanitaire ? Qu’à cela ne tienne ! Alban et Yvan Murenzi ont consacré leur temps libre à une réjouissante entreprise collaborative : le Yellockdown Project.

Comment ce projet s’est-il mis en place ?
Yvan : Goldress, notre EP, est sorti en février et tout un plan promo était prêt, avec une première tournée européenne en mai. Dès l’annonce du confinement, nous avons vu que ces dates allaient être décalées voire supprimées. Ce qui était le plus frustrant, c’est que ça commençait à bien marcher, et la presse suivait. Là, nous avons eu un petit coup de panique et nous nous sommes dit : ‘Ça montait mais ça risque de redescendre. Et si nous restons enfermés à la maison, il faut trouver quelque chose de créatif à faire ! ’
Alban : Avec la promo et les concerts, nous n’aurions pas eu beaucoup de temps pour encore composer. Donc là, c’était parfait puisqu’il ne nous restait plus que ça. Et nous avions déjà envie de collaborations, même si c’était différent de ce qui est sorti maintenant. Ici, c’était vraiment l’occasion de proposer à plein de gens de faire de la musique à distance puisque nous étions tous dans la même situation. Tout le monde a été hyper réceptif.

L’envie était, dès le départ, d’écrire et de boucler tout un album ?
Y. : Ce qui est marrant, c’est qu’à la base, l’idée était juste de faire de la musique comme nous n’en avions plus l’habitude, c’est-à-dire pouvoir rapidement sortir un morceau sans passer par la phase de mix, de mastering et puis la promo. Tout ça peut prendre du temps et le truc perd en spontanéité. C’est pour ça que le challenge était de faire des collaborations à distance, en vidéoconférence, et de terminer un morceau en 24 heures.
A. : Ce qui est trop fou, c’est que quand ça a commencé, ce n’était pas du tout pour avoir de la visibilité et faire de la promo. Maintenant, nous faisons plein de promo sur ce projet-là ! Et donc, nous pouvons le développer sans faire de concerts. Ça compense. Le plus important, c’est que nous puissions rester actifs avec YellowStraps.

Vous avez systématiquement fonctionné au rythme d’un morceau par jour ?
Y. : Pour chaque morceau, oui. Ça nous permettait d’avoir quelque chose de très spontané, que nous pouvions finir et sortir assez rapidement. Avec les premiers titres, nous ne nous sommes pas posé beaucoup de questions. Mais petit à petit, nous avons vu que le processus marchait bien, que nous avions de plus en plus de beaux morceaux, que nous aimions bien. Là, l’idée est venue d’en faire quelque chose, pour vraiment marquer le coup, pour se souvenir de cette période très spéciale pour tout le monde. C’était compliqué, vraiment horrible, tu ne pouvais voir personne, mais maintenant que j’écoute le projet, j’ai presqu’une espèce de nostalgie…

Vous aviez dressé une liste des artistes avec lesquels vous aviez envie d’enregistrer ?
Y. : En fait, ça a commencé par une série de messages sur Insta…
A. : Et les gens qui étaient chauds nous ont répondu. Mais la plupart étaient chauds !
Y. : C’était intéressant de prendre tant des artistes avec lesquels nous sommes proches, des Belges et des Français, mais aussi d’autres que nous n’avons jamais rencontrés et avec lesquels nous n’avions même jamais parlé avant ça. C’était cool d’avoir cet échange. Ensuite, nous avons commencé par une base, une boucle de percussions, de drums, puis trouver une mélodie, que ce soit à la guitare, au synthé ou autre. Après venait l’écriture, le texte, chacun enregistrait alors de son côté, et nous nous échangions les fichiers…
 

YellowStraps
Notre style de musique est beaucoup plus accessible
en Flandre qu’en Wallonie.

 

En quoi Yellockdown Project vous satisfait-il le plus ?
Y. : Nous avons réussi à faire quelque chose de fini et d’officiel mais de très spontané, avec des artistes que nous écoutions de notre côté et avec lesquels nous avions envie de collaborer.
A. : Je dirais la créativité. Je pense que nous aurions peut-être eu beaucoup plus de difficultés si ça n’avait pas été réalisé pendant le confinement. Ça nous a poussés encore plus. Jusque-là, nous n’avions jamais fait de morceau en français (depuis Assurance, leur featuring pour Roméo Elvis – ndlr)…

En Belgique, vous êtes aussi allés chercher de l’autre côté de la frontière linguistique. Dvtch Norris, par exemple…
A. : Oui, Dvtch Norris. Et Blackwave ! Nous les connaissons vraiment depuis plusieurs années, nous avions déjà travaillé sur une chanson avec eux, sur leur album (Realize now sur Are We Still Dreaming ? en 2019 – ndlr). Pour Dvtch Norris, nous nous étions toujours dit que nous allions faire un morceau avec lui, et là ça s’est mis.

Voilà qui nous rappelle que c’est plutôt en Flandre que ça avait démarré pour vous, non ?
Y. : À l’époque où nous avions commencé à écrire avec Le Motel, en 2013, Lefto a vu le clip tourné pour Valium. Il nous a directement contactés pour nous inviter sur StuBru où nous avons joué une session live. C’est à partir de là que tout ça a commencé, avec le public, les bookers, les programmateurs… Notre manager de l’époque était flamand, il nous a aussi bien pistonnés sur la scène flamande.
A. : Et puis notre style de musique est beaucoup plus accessible en Flandre qu’en Wallonie. À Bruxelles, ça va… Enfin, je trouve qu’en Flandre, les gens sont plus ouverts d’esprit du point de vue musical. En Wallonie, c’est peut-être beaucoup plus rock ou ce qui passe en radio, c’est un son plus urbain mainstream. Et donc, c’est bien plus dur d’y arriver. Nous ne connaissons d’ailleurs personne qui a un style de musique qui se rapproche du nôtre et qui parvient à faire des concerts en Wallonie. En tout cas, c’est rare !

Votre programme, en attendant le retour des concerts, justement ?
A. : Nous sommes partis à Berlin pour travailler sur le prochain projet. Nous ne savons pas encore si ce sera un EP ou un album, mais ça c’est pour la suite. Et les concerts ? On verra ! Pour le moment, nous ne pouvons qu’essayer de développer YellowStraps.

YellowStraps
Yellockdown Project
Haliblue Records