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par le Conseil de la Musique

Saule

Portraitiste du quotidien

Nicolas Alsteen

Relocalisé dans les campagnes gaumaises, le chanteur montois met le cap sur un disque aux charmes illimités. Avec Dare-Dare, Saule savoure l’instant avec de bonnes chansons et une empathie retrouvée pour les gens. Portraitiste du quotidien, mec bien, l’artiste dévoile ses choix de vie et les secrets de fabrication d’un disque bondé d’idées et d’amis.

Partagez ! Chanson idlm #rêveur #rebelle
Saule, toujours la tête dans les étoiles

Quinze ans après son premier essai, Saule signe un cinquième album ultra-frais : Dare-Dare est une solide performance mais aussi une belle revanche. Car avant de lever les bras sur la ligne d’arrivée, l’artiste a dû s’avouer vaincu. « Juste avant le début de la pandémie, j’étais à La Frette », retrace le chanteur. De passage dans ce studio qui a vu naître son duo avec Charlie Winston, le grand Baptiste Lalieu pose les bases d’un nouveau disque. « Le problème, c’est que les compos sonnaient comme d’anciens morceaux… en moins bien. J’ai donc pris mon courage à deux mains et je suis allé trouver mon label qui, pour rappel, venait de financer ces sessions. J’ai exposé et assumé ma position : j’ai jeté toutes les bandes à la poubelle. » Douloureux, l’épisode donne toutefois un sérieux coup de fouet à sa carrière. Pris en charge par Cyril Prieur, le manager d’Arno, l’artiste donne cette fois le meilleur de lui-même sur un disque qui, à l’origine, devait s’appeler Rebelle Rêveur. « C’est le titre d’une nouvelle chanson. Elle découle d’un questionnaire à choix multiples mis à disposition des gens qui se réorientent sur le plan professionnel. Je l’ai fait pour le fun et je suis tombé sur un double profil : rêveur et rebelle. Cet antagonisme me correspondait bien : le titre était tout trouvé. Mais à la dernière minute, mon manager m’a fait remarquer qu’un des Fréro Delavega venait justement de sortir un album intitulé «Rêveur Forêveur». Partant de là, je suis parti sur Dare-Dare. »

 

Baptiste Lalieu - Saule

J’ai retrouvé mon ADN, mais aussi pris davantage de risques.

 

Dans les crédits du disque, Saule insiste sur l’importance de La Magie, un livre consacré au développement personnel. « Ce bouquin explore le thème de la gratitude. Après l’avoir lu, j’ai développé un petit rituel qui, en gros, consiste à dire merci à la vie. Cette habitude a changé mon quotidien. Désormais, je vois toujours le verre à moitié plein. Je suis bien plus positif qu’autrefois. » Cet état d’esprit s’ancre d’ailleurs dans Regarde Autour de Toi. « Ce morceau 100 % Bisounours résulte de ma collaboration avec Alice on the Roof. Pendant le confinement, nous avons enregistré la chanson Mourir, plutôt crever que certaines radios ont refusé sous prétexte qu’elle enfermait les mots mourir et crever. Alors que, dans les faits, c’était un hymne à la vie… En réaction à cette histoire, j’ai composé cet air léger avec des arcs-en-ciel et des licornes dedans. Le plus cocasse, c’est que tout part d’un certain cynisme sur le fonctionnement de nos sociétés… »

Dare-Dare est, à bien des égards, l’album le plus abouti de Saule. Véritable condensé d’un savoir-faire acquis au fil du temps, le disque optimise les recettes du passé et se projette dans l’avenir avec d’excellentes intentions. « J’ai retrouvé mon ADN, mais aussi pris davantage de risques », dit-il. En témoigne sa reprise des Démons de Minuit. Où le chanteur secoue le cocotier de la variété d’un souffle grave et solennel. « Oser ce genre de trucs, ça me permet d’explorer d’autres sensibilités. Tout comme les collaborations un peu inattendues. Là, je pense notamment à Jasper Maekelberg du groupe Faces on TV. » Producteur des albums de Balthazar, le multi-instrumentiste flamand donne ici le change sur un titre classieux et cinématographique à souhait (Demande Pas La Lune). Avec le beau Je Suppose, Saule allume aussi une petite bougie à la mémoire de Joe Dassin. Sur 24 heures et des poussières, le Belge échange quelques mots avec le fils d’Alain Souchon (Ours) pour un hommage XXL et totalement assumé au papounet. Ailleurs, le morceau Tu Boudes lustre l’héritage d’Alain Bashung, alors qu’une chanson avec Cali ravive le feu sacré d’Arcade Fire via une cavalcade rythmique ponctuée d’un refrain épique. Au-delà des voix invitées à chanter, un détour dans les coulisses du disque s’impose. C’est là que s’activent les claviers d’Albin de la Simone, le piano de Babx, la guitare de Seb Martel ou la basse de Simon Casier (Balthazar). « Leur présence n’était pas calculée, certifie le grand Saule. Lors d’une pause-café, j’ai d’ailleurs eu la maladresse de demander aux musiciens qui m’accompagnaient ce qu’ils comptaient faire après notre collaboration. Là-dessus, ils me parlent d’une tournée en Amérique du Sud. Interloqué, je leur demande le nom de leur groupe… Je n’avais pas capté que je jouais avec les mecs de Balthazar. Cette anecdote résume bien la mise en œuvre du disque : un truc super naturel et spontané. »


Saule
Dare-Dare
[PIAS]