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par le Conseil de la Musique

Trio Les Heures Bleues

Victoria De Schrijver

Avec Circa Diem, le trio Les Heures Bleues présente un premier manifeste faisant dialoguer baroque et musique de création. Un album abouti, un goût assumé pour le décloisonnement, le tout porté par une vraie complémentarité et une identité sonore et visuelle forte.

Adèle Legrand (flûte traversère), Pauline Oreins (accordéon) et Solène Beaudet (violoncelle) forment le trio Les Heures Bleues, un ensemble à l’instrumentarium rare mais qui sonne comme une évidence dès les premières notes. Pour Solène, dernière arrivée dans le projet : « J’avais été frappée par l’évidence de comment ça sonnait ». Pour elle, le soufflet de l’accordéon fait immédiatement écho au souffle du baroque, rappelant l’orgue ou la flûte, au point que l’ensemble lui a semblé « couler de source ».

Au Commencement

Les Heures Bleues représentent le moment où le jour et la nuit se rencontrent, celui où « les extrêmes se rencontrent ». L’objectif se dessine directement : faire dialoguer le baroque et la musique de création, dans une optique d’accessibilité et de décloisonnement. « Le terme invitait à une poésie », rajoute Adèle. Les trois artistes le rappellent : la musique baroque est un espace de créativité et de liberté rare. Pour Adèle, l’enjeu est aussi « d’amener des publics toujours plus larges, qui ne se sentent peut-être pas autorisés à écouter cette musique-là ». Leur identité visuelle se dessine rapidement : bleu et or, dans des costumes de Lucia Perez et des logos et aquarelles de Maïa Kleinknecht.

Circa Diem

Circa Diem marque le début du trio au disque. Enregistré en avril 2025 au Grand Manège, l’album fait dialoguer l’Opus 1 de Tomaso Albinoni avec cinq œuvres commandées à des compositeurs et compositrices. L’album s’organise de cette façon : une œuvre de création débutera et terminera l’album, et entre, toujours une sonate d’Albinoni. « Circa Diem, ça veut dire “presque un jour” », nous explique Pauline. Ainsi, les trois musiciennes pensent l’album comme un cycle, celui d’une vie, ou peut-être d’une journée, traversé de lumières et d’émotions différentes. Les musiciennes proposent aux compositeurs de choisir leur espace préféré, à l’aide de mots-clés. L’album est un vrai programme abouti, avec Albinoni en fil rouge.

Cinq créations pour un même cycle

La Nuit profonde de Virginie Tasset ouvre le disque, avec l’apparition rare des voix des musiciennes. « À partir du moment où on utilise la voix, il y a un dévoilement encore bien plus grand que quand on est derrière notre instrument », raconte Pauline. Virginie Tasset y aborde la maternité, inspirée par sa propre expérience et tente de reproduire « ce que l’enfant entend depuis l’intérieur du ventre, des bruits qui viennent de l’extérieur. Et puis il y a une deuxième partie […], quand l’enfant est dans le monde et les sons se précisent », précise Adèle.

« La musique de création, c’est une pluralité de langages », rappelle le trio. De L’Aube de Max Charue à Zénith de Patrick Leterme, jusqu’à To Dusk and Beyond (Crépuscule) de Muhiddin Dürüoglu, l’album se transforme à chaque pièce. Coup de cœur pour l’œuvre la plus longue du parcours : Pinkas (Heure dorée) de Jimmy Bonesso. Le compositeur y raconte les sensations vécues lors de sa visite de la synagogue Pinkas à Prague où les noms de près de 80.000 Juifs de Bohême et de Moravie victimes de la Shoah sont inscrits à la main.

La suite

L’album Circa Diem a paru début mars 2026 chez Cypres. « Le disque est une finalité mais aussi une photographie d’un instant et il va continuer à évoluer avec les concerts », nous dit le trio. Entre de futurs concerts, et – on l’espère – un prochain album, le trio travaille sur son premier projet musical pour enfants mêlant musique et danse avec Adèle Bourret : HIKE, pour la saison 2026–2027.


Trio Les Heures Bleues
Circa Diem
Cypres