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par le Conseil de la Musique

Saule

Ressourcement

PHILOMÈNE RAXHON

Vingt ans après la sortie de son premier album, Saule n’allait pas se contenter de sortir un best of et ciao bonsoir. L’artiste aux millions d’écoutes sacré par le titre Dusty Men revient aujourd’hui avec un nouvel album alliant textes francs et folk rock modernisé. Retour aux sources ? Oui et non.

Comment vous sentez-vous à l’approche de la sortie de votre sixième album?
Plutôt bien. On a fêté les 20 ans de Saule l’année dernière et j’avais dit à mon label que la condition sine qua non pour que je sorte un “best of”, c’était d’annoncer un nouvel album. Sinon, je trouvais que ça faisait un peu rétrospective post-mortem. Je me suis beaucoup demandé « comment ça sonne du Saule en 2025 ? », parce que mon premier album a été fait avec des guitares acoustiques et des chœurs d’une autre époque. Les premiers retours m’ont fait beaucoup de bien. Et je suis assez serein parce que j’ai fait ce disque avec sincérité.


Saule
Tout prend source en moi… mais plus une chanson est personnelle,
plus elle touche à l’universel.


Cet album ne ressemble pas à la musique que vous pouviez faire il y a 20 ans. Pourtant, son titre suggère un retour aux sources.
L’album s’appelle La Source parce que quand on a commencé à travailler sur le disque, j’ai eu envie de confronter ces chansons à un public. Ça m’intéressait de connaître le point de vue des vrais fans de Saule. Avec mon guitariste, Jug, on est donc partis en espèce de mini-tournée acoustique pour aller jouer chez les gens. J’ai fait un concours en demandant pourquoi il faudrait qu’on vienne jouer chez eux. On a eu un centre de revalidation qui a dit « on ne peut pas bouger, c’est toi qui dois venir à nous » ou encore des parents dont le fils s’appelle Saule parce qu’ils sont fans du projet. J’ai pu tourner mes chansons dans leur plus simple apparat, sans production, sans gros son derrière. La plupart des gens disaient qu’ils y voyaient un vrai retour aux sources au niveau du texte. Ce mot “source” revenait tout le temps. Il y a une filiation avec le premier album, quelque chose de très simple et touchant dans l’écriture. De disque en disque, ça reste l’empreinte de Saule. Par contre, au niveau musical, j’y ai mis des prods plus actuelles. J’ai bossé avec Benoît Leclerc, qui amène cette touche dans des titres comme Petite gueule ou Il suffit d’une chanson. Mon fidèle acolyte Charlie Winston est aussi venu mettre sa patte sur deux ou trois titres. L’idée était de trouver une manière de traduire avec un son actuel des chansons qui restent vraiment du Saule. Quand j’ai sorti Il suffit d’une chanson, j’ai vu les gens dire « ça c’est du Saule pur jus ». Et si les vrais fans “hardcore” pensent ça, alors que j’y ai mis une touche électro, on a tout gagné.

Il y a plusieurs collaborations sur ce nouvel album. Comment avez-vous choisi les personnes qui allaient vous accompagner sur certains de ces titres?
Je m’étais promis de ne plus faire aucun duo – parce que j’en ai tellement fait – mais j’ai été rattrapé par ma nature. Je suis quelqu’un qui adore partager la musique. Je donne des ateliers d’écriture, et j’ai rencontré Lovelace parce qu’elle a participé à l’un d’eux. J’ai eu un coup de cœur pour sa voix et son univers musical, donc je lui ai proposé de travailler ensemble. Petite gueule est venue très vite. C’était une chanson que j’avais gardée dans un tiroir en me disant qu’un jour, il faudrait mettre une voix féminine dessus. Entretemps, le projet de Lovelace est sorti mais, au moment où je lui propose cette collaboration, ses chansons sont encore sur son ordi. Je pense que sans Petite gueule ou mon atelier d’écriture, elle aurait tout aussi bien réussi son parcours, mais je suis content d’avoir pu aider à faire éclore quelque chose qui était déjà en elle. Christian Cantos aussi est une rencontre particulière. Au départ, j’ai été le voir en tant que peintre, j’avais envie de visiter son atelier. On a fini par faire de la musique ensemble à l’étage parce que le gars est aussi musicien. On est devenu potes et un jour il m’a envoyé cette chanson, On attendait, une chanson d’espoir. Je trouve qu’elle est fédératrice et on sent le printemps dans la musique. Christian est un vrai artiste, ça me fait plaisir de pouvoir lui mettre un coup de spot à travers ce disque. Enfin, la troisième collaboration, c’est Slow avec TEONA. J’ai été scotché par ses prestations sur The Voice France. Elle a une voix très rock, elle me fait penser un peu à la chanteuse de Shaka Ponk. Il n’y a pas de chanteurs connus sur cet album, l’idée était de proposer des “feats” qui permettent aux gens de découvrir des artistes.


Saule
Il y a une filiation avec le premier album,
quelque chose de très simple et touchant dans l’écriture.


Sur des chansons comme Une demi-vie, vous abordez des expériences plus personnelles. Vous aviez envie de vous livrer?
Dans mon processus d’écriture, il y a certains matins où je me lève et je me dis « tiens je ferais bien une chanson sur ça ». Je vais par exemple écrire Le blues de la nuit blanche pour parler de l’insomnie de manière un peu décalée. Et puis, il y a des fois des choses qui m’explosent à la tronche. Pour Une demi-vie, tout part de ce deuxième couplet où je dis « aujourd’hui sur le quai je vous ai vu vous en aller. Vous regarder partir, je crois que c’est le pire ». Et je suis vraiment sur le quai d’une gare en train de déposer mes enfants – parce que je les ai une semaine sur deux – et dès que le train s’en va, je me mets à chialer. Je prends mon carnet et je me mets à écrire, écrire, écrire. Le pitch de base, c’est qu’on fait des enfants pour partager tous les moments d’une vie avant qu’ils soient adultes et qu’ils s’en aillent. Et là, tout d’un coup, la vie nous impose cette figure de style qu’est une demi-vie. Ça me rend si triste que j’ai besoin d’évacuer, de conjurer le sort en en parlant.

Vous voyez un fil rouge dans cet album?
Je pense que c’est la source. Une chanson s’appelle La Source, une autre À contre-courant. Et Petite gueule parle d’eau aussi. « Au milieu des poissons, des requins. » Ce vocabulaire aquatique revient très fort. Et puis, la source, c’est aussi la source des choses. Une chanson comme Il fallait que ça sorte prend source à l’intérieur de moi et a besoin de jaillir. Une demi-vie prend source dans ma vie personnelle. Donc oui, je pense que l’album porte vraiment bien son nom. Tout prend source en moi mais j’explique souvent dans mes ateliers d’écriture que plus une chanson est personnelle, plus elle touche à l’universel.

Saule
La Source
Blue Milk Records