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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Bach–Deleuze

Traüme Und Erwachen

Paraty

L’organiste Cindy Castillo (titulaire à l’église Saint-Loup de Namur
et à la Basilique du Sacré-Coeur à Bruxelles) fait sien, pour ce projet
surprenant qui dépasse la simple mixité de programme (classique
et contemporain), le titre-maxime du groupe de grunge Nirvana
en 1991 : « Le défi majeur est d’oser dire Bach comme on le sent, le
jouer comme on est, sans complexe ». Le disque est le premier d’un
triptyque autour des six sonates de J.S. Bach (écrites pour clavecin),
chaque volet donnant la parole à un compositeur d’aujourd’hui :
« Il fallait être audacieux […] pour venir côtoyer le plus grand des
compositeurs de l’histoire » et Jean-Pierre Deleuze, qui « a passé ses
jours et ses nuits à analyser les partitions pour les traduire auprès
de ses étudiants », bâtit, avec ses trois pièces, « une passerelle
d’écoute » et dans ce qui « est le coeur du programme, au milieu
du solo pour violon, on a l’impression d’une source qui est en train
de sourdre et de nous apporter la vie. » En concert, pour Frédéric
d’Ursel, « un second violon qui réussit à se fondre dans les sonorités,
à chaque fois mouvantes, de l’orgue », le défi est d’entrer dans les
particularités de l’instrument, compte tenu de sa morphologie
spécifique (sa disposition, son diapason) et « d’un jour entendre les
tuyaux qui sortent à hauteur de ses oreilles, puis au-dessus de sa tête,
ou qui l’ébouriffent ». Avec dans ses mains un instrument presque
autosuffisant, un organiste joue rarement avec d’autres ; de plus, les
pièces pour orgues ne sont pas souvent, comme les sonates de Bach,
entièrement écrites – c’est-à-dire pour les mains droite et gauche :
deux arguments précieux au coeur de Cindy Castillo.

Bernard Vincken