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par le Conseil de la Musique

Peet

Trop mignon

Nicolas Capart

Soldat émérite du trio légendaire 77, Peet revient charmer nos écoutilles en solitaire. Un rappeur nouveau, dont la sérénité et l’enthousiasme nous ont contaminés sans peine et ce, en dépit des gestes barrières. Il nous parle de Mignon, un bébé dont il est – à raison – plutôt fier. 

Rap•Urbain•Soul #rap·intime #vrai·premier·album
Peet

Nous avions quitté Peet et ses acolytes Morgan et Félé Flingue sur une terrasse du Parvis de Saint-Gilles au printemps 2019, une époque qui semble aujourd’hui si lointaine et abstraite, au moment de la sortie d’ULTIM, troisième et dernière plaque en date du 77 et que le trio s’apprêtait à emmener sur la route des festivals. Une tournée estivale qui se prolongea à la rentrée puis à l’hiver, avant d’être mise au tapis par la pandémie.

Aujourd’hui, le 77 n’est pas encore enterré mais est un peu en sommeil et Peet s’offre une belle échappée le temps d’un premier véritable LP, ponctuant, avec la manière, ses travaux solos passés. Mignon, de son vrai nom – certaines choses ne s’inventent pas –, c’est ainsi que le rappeur bruxellois l’a sobrement intitulé. Quatorze titres, quatre singles (Out, Keke, Plus Fort, Rêves) et trois invités (Swing, Morgan et Zwangere Guy) pour une plaque des plus réussies, intime et aboutie, qui confirme si besoin la largeur d’épaules du dénommé Pierre Mignon.

 

Peet

Je considère Mignon comme mon premier véritable album.

 

« La sortie de mon album était prévue il y a un plus d'un an, mais la crise a retardé sa publication. Ça m’a permis de sortir un EP avec Morgan dans l’intervalle, PEPER, en juin 2020. Cinq titres façonnés avec mes abonnés. Chaque lundi, j’organisais un live sur ma page durant lequel on fabriquait un morceau ensemble. J’ai rencontré plein de gens très intéressants comme ça, dont mon saxophoniste, devenu ami depuis et qui se retrouve sur l’album aujourd’hui. »

Après Peate (2017) et Mecman (2018), la trajectoire solo de Peet connaît enfin une suite. « PEPER aura été une parfaite transition vers Mignon, que je considère comme mon premier véritable album. C’est le premier à sortir en vinyle, le premier vrai bel objet. Le premier où je me suis vraiment livré aussi… L’impression que tout ce que j’ai réalisé avant était un entraînement pour en arriver là, sans pour autant renier Mecman, qui avait sa couleur déjà. Puis, je fais mes instrus, je m’enregistre moi-même. Il y a d’autres beatmakers, mais j’ai signé la moitié des prods. »

Des talents de producteur, un atout non négligeable qu’ils ne sont pas nombreux en Belgique à pouvoir combiner avec l’art de rapper (Hamza ou JeanJass font partie de ce cercle fermé). Du reste, Peet s’appuie sur l’incontournable Morgan – « lui sera de tous mes projets » –, Phasm, l’Anversois Beatgrinders, le Bruxellois Negdee (proche de Krisy), le Français Lucci ou le Québécois Fouki côté production, sans oublier l’ombre de PH Trigano (membre du collectif Bon Gamin) au-dessus de l’ensemble du disque. Le ton est éclectique, l’ambiance très musicale, et les instruments (clavier, piano, saxo, basse, guitare, batterie) s’immiscent à l’envi entre kicks et snares.

Comme à la récré, Peet semble s’éclater, libéré du statut d’amuseur du vaisseau 77. « Il y a toujours eu une volonté de faire de la musique seul, chaque membre le sait. J’adore ce qu’on a fait avec Le 77, mais mon projet n’a rien à voir… À l’écoute, on reconnait forcément ma voix et cela évoquera le groupe à ceux qui l’écoutaient (comme Kéké ou Flemmard de qualité, – ndlr). Mais le crédo du 77 c’était avant tout faire du fun ! Ici, ma démarche est différente, je vais au-delà. »

Plus d’écriture, d’intime et d’honnêteté en effet, au service de morceaux faussement naïfs (le titre Pierrot) qui souvent touchent la corde sensible. À l’instar de 17, évoquant à cœur grand ouvert la disparition de sa mère. « Cela m’a permis de restituer et transmettre cette émotion, ça exorcise, ça fait du bien… J’avais écrit d’autres morceaux qui n’ont pas abouti finalement car ils me submergeaient. C’est important de donner de l’émotion mais il faut la gérer, trouver l’équilibre pour être bien compris. » Très vrai… Et, en l’occurrence, le message est passé.


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