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par le Conseil de la Musique

Déhà

Surcréatif

Isabelle Bonmariage

Avec 36 albums sortis en 2020, le Belge Déhà fait un peu office d’extraterrestre dans le milieu musical. Derrière cet obsédé de la musique (c’est lui qui le dit), se cache un multi-instrumentiste autodidacte et un producteur pour qui la musique au sens large (de l’électronique au black metal) résonne comme un appel à la vie. En solo, en groupe ou de manière anonyme.

Metal #mais·pas·que #infatigable
Déhà

La musique, c’est tout pour Déhà (c’est son nom d’artiste et celui de son principal projet du moment). Absolument tout. Au-dessus de tout. « Sans elle, je ne pourrais pas parler, ni exister, précise-t-il. J’ai besoin de m’exprimer, que ce soit en crachant une haine primaire ou en faisant de la mélodie positive. La musique m’aide, vu que c’est la seule chose que je peux faire bien. »

Et pour en faire, il en fait… et beaucoup, vous l’avez compris. Actif dans une vingtaine de groupes*, Déhà est aussi régulièrement invité à collaborer en guest ou en session avec d’autres groupes. Certains projets sortent en autoproduction, d’autres encore sur des labels.

Depuis l’âge de 4 ans (il en a aujourd’hui 36), il écoute beaucoup de musique. Vers 15 ans, son voisin guitariste lui montre quelques bases, pour qu’il puisse se débrouiller. La bête est lâchée ! Déhà poursuit son apprentissage de manière autodidacte avec ses projets Merda Mundi, Yhdarl, Aurora Borealis, Slow et des bribes de ce qui allait devenir Imber Luminis.

 

Déhà

J’ai besoin de m’exprimer, que ce soit en crachant
une haine primaire ou en faisant de la mélodie positive.

 

Surfant clairement sur la vague du metal extrême, l’artiste propose aussi de l’ambient, de l’électro, du rock… voire du mainstream et des chansons de Noël. Il explique : « La Musique, j’insiste sur le M majuscule, c’est génial. Tous les styles sont géniaux. Il y a toujours quelque chose à en sortir, à prendre, à plonger dedans. Il faut juste s’ouvrir l’esprit, écouter. Et pas qu’avec ses oreilles, aussi avec son coeur. »

Pur autodidacte, Déhà se décrit comme un piètre multi-instrumentiste mais il se sent à l’aise à la basse et au chant. C’est d’ailleurs le chant qui lui permet d’expulser le plus violemment, le plus directement, une bile sale ou une vraie émotion. À ses yeux, le chant c’est le summum de l’émotion, une mise à nu totale, là où il n’est pas permis de faire semblant. « Ce que j’essaye de faire à travers la musique, c’est aider les gens à comprendre qu’on doit se battre pour aller mieux, pour guérir. Qu’il faut aider les autres. Qu’il faut être assoiffé de savoir et de connaissance, arrêter d’être ignorant. Il faut donner aux autres. »

D’abord compositeur, il est aussi producteur, dans son propre studio, l’Opus Magnum Studios à Bruxelles, où il a produit notamment Wolvennest et La Muerte. C’est son job. Il se souvient de ses débuts. « Quand j’étais en Bulgarie, en 2013, je travaillais souvent de chez moi mais j’allais toujours en studio pour enregistrer voix et batteries. Au final, j’avais fait un deal avec le mec sur place. En revenant en Belgique, en 2017, je savais que c’était ça que je voulais faire. Du moins, m’y donner le plus possible. » La production est donc une autre facette de la musique qu’il affectionne particulièrement. « Produire, poursuit-il, c’est devenir ce membre extra d’un groupe, pour créer, amplifier, sublimer leur son, leur aura. Et c’est tellement gratifiant quand tu as pu aider un groupe à trouver sa place, à se démarquer dans un monde saturé d’autres bands. »

Déhà propose la quasi-totalité de ses productions gratuitement sur Bandcamp. Parce que la musique doit être accessible à tout un chacun. Il aime donner le choix, laisser les gens apprécier (ou pas) et faire des donations (ou pas). D’autant plus que tout est souvent disponible en piratage sur le web, quelques jours après la sortie.

Et si on veut découvrir l’univers de Déhà, on commence par quoi ? « Il y a l’album Cruel Words qui est presque mon magnum opus cette année. J’en suis heureux. Par le Sang et la Fin est aussi un album dont je suis ultra fier mais il n’est pas des plus accessibles pour le grand nombre. Je dirais aussi Music For Road Trips qui est un morceau très ambient, limite joyeux. C’est rare que je sorte des trucs du style. La suite d’Ave Maria d’Yhdarl, que je considère comme mon chef d’œuvre absolu, sortira cette année sous le nom “Déhà”. » Vous avez l’embarras choix !

 

*Déhà est actif dans : Aardling, Absit Omen, Acathexis, Alenda, Aurora Borealis, Auto Destruction Needed,  COAG, Coma., Cult of Erinyes, Déhà, Detrvire, Dropdead Chaos, ExcuseExcuse, God Enslavement, Imber Luminis, Khel, Maladie, Merda Mundi, Nadddir, Noise of Death, Silver Knife, Slow, Sorta Magora, The Penitent, We All Die (Laughing), Wolvennest, Yhdarl.