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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Sigrid Vandenbogaerde

embarque Manu Hermia

Stéphane Renard

Avec les Fluid Suites for cello que lui a composées Manuel Hermia, la violoncelliste Sigrid Vandenbogaerde signe un disque solo d’une tendre plénitude. Un grand moment d’humanité et de partage, pour célébrer la vie telle qu’elle est avec un archet à fleur de peau.

Partagez ! Classique•Contemporain #album #complémentarité

Il suffit parfois d’une rencontre pour bousculer le destin. Alors qu’elle étudie le solfège à l’Académie d’Ixelles, Sigrid Vandenbogaerde, 9 ans à peine, découvre par hasard le violoncelle. « J’ai eu le coup de foudre. Le violoncelle ne m’a plus jamais quittée », nous avoue-t-elle en souriant. Avant d’admettre, soyons francs, qu’elle ne demandait qu’à succomber. « J’avais commencé le piano, mais j’étais à l’étroit dans tous ces dogmes imposant la manière de jouer. Je voulais m’exprimer sans contraintes. Mais aussi me nourrir de cette énergie collective que l’on ne trouve que dans les ensembles. J’ai toujours voulu multiplier les rencontres ! » L’affirmation claque, lumineuse, à son image. Depuis ses débuts dans le défunt orchestre de la RTB sans F, l’insatiable Sigrid, musicienne solaire, a irradié de nombreuses formations – d’I Fiaminghi à Musiques Nouvelles, du Springquartet à EVanescens –, en abordant tous les répertoires – classique, jazz, rock, chanson…

 

Manu Hermia

J’ai voulu que la musique coule sans fin,
(…) comme dans notre vie intérieure.


Sigrid est en effet une musicienne d’ensemble, trop souvent dans l’ombre, alors qu’elle est une partie essentielle d’un tout sans laquelle le tout n’est rien. C’est dire si ce CD solo, cinq ans après son très personnel Gift, nous invite à une belle découverte en tête en tête. « Le violoncelle, c’est une autre façon de parler. Il s’exprime à ma place beaucoup mieux que je ne pourrais le faire avec des mots. » Il est vrai que cet instrument que l’on dit si proche de la voix humaine a une telle tessiture que sa palette de couleurs semble inépuisable. « Il me permet, confirme Sigrid, de me plonger dans l’infiniment subtil. Le violoncelle est un instrument étroitement lié au corps. Je me suis toujours intéressée aux disciplines corporelles, telles que le tai-chi ou la danse. Je ne peux pas distinguer l’instrument de l’humain qui en joue et du corps qui entre en vibration. » Elle marque un temps, avant de lâcher avec une évidente gourmandise un constat sans appel : « Je ne pense pas être virtuose, mais cela m’est égal. J’ai toujours voulu jouer comme je l’entendais et tant pis si on me dit que cela devrait être plutôt comme ceci ou comme cela. Je suis une violoncelliste libre. »

Émotion pure

Mais si son disque, si personnel, si profondément humain, est tellement émouvant, c’est aussi parce que Manuel Hermia lui a ciselé trois suites à sa mesure. Saxophoniste, improvisateur, compositeur, fan de musique indienne et de flûte bansuri, Hermia a tiré son inspiration d’une réelle connivence avec son interprète. « Sigrid souhaitait une écriture mélodique, lisible, très fluide, souligne-t-il. Pas du contemporain ardu, mais de l’émotion pure. J’ai voulu que la musique coule sans fin, avec des bribes qui s’interpénètrent comme dans notre vie intérieure. Les dernières minutes de la troisième suite sont clairement des réminiscences mélodiques de l’œuvre qui précède. »

Nous y voilà donc, aux portes de l’intime et du non-dit, « de cette résilience, précise Hermia, qui est la façon dont notre inconscient retient un certain nombre de pages essentielles de notre vie, les digère, les cache ». Est-ce pour cela que ce très beau CD, long moment de méditation musicale, est d’abord une réflexion sur l’existence ? En somme un don tout en tendresse d’une musicienne qui a appris, c’est elle qui le dit, « à retirer le meilleur du pire » ? Peut-être. Car le meilleur, sous l’archet de Sigrid, c’est une sincérité sans affect, le refus d’une vaine démonstration pour mieux partager l’indicible d’un art à la frontière entre tourments et bonheurs, reflets d’une eau profonde où le mystère est source de tous les possibles. Tout Sigrid.


MANUEL HERMIA
Fluid suites for cello
Sigrid 
Vandenbogaerde
Kalki