Girls In Hawaii
Eldorado
Vingt-cinq ans de parcours au compteur et les revoilà avec Eldorado, un cinquième album qui sort ce 25 septembre. Les peut-être « derniers des Mohicans », dixit Antoine Wielemans, ont la nostalgie joyeuse, et renouvelé avec un certain artisanat…
Eldorado, Everest, Plan your escape… Il y a souvent comme une idée de lieu, de géographie, de déplacement dans le titre des albums des "Girls". Coïncidence, ou jeu de piste ? « C’est plutôt une coïncidence », nous assure Antoine Wielemans. C’est qu’au sein du groupe, on aime ces mots un peu mystérieux, dans lesquels on peut mettre pas mal de choses pas trop évidentes… « Ou qui pour nous renferment des secrets… "Eldorado", c’est mystérieux et en même temps contemporain. Ça résonne avec la folie du monde actuel : la ruée vers l’or, les pionniers, les crises migratoires… et cette idée un peu stupide d’amasser des richesses qui creuse les inégalités. Mais pour nous, le vrai sens, c’est la quête. C’est l’histoire de la pépite qu’on cherche encore après 25 ans. »
Antoine Wielemans
Pour Eldorado, on a fait le choix très conscient
de revenir à l’esprit du premier album.
Après tout ce temps, le plaisir de la chercher est toujours intact?
Trouver une mélodie ou une idée qui nous fait kiffer à fond a encore le pouvoir de nous rendre intensément heureux pour un moment. Ce serait prétentieux de dire qu’on arrive à trouver la pépite mais, chez nous, c’est un but de recherche et un plaisir dans la vie. C’est un peu comme ça qu’on sélectionne nos idées : on peut en avoir 20, 30, 40 pour un disque et ce qui reste finalement, ce sont les 10 qui nous ont le plus percutés et dont on a vraiment été les premiers fans. J’écris des morceaux, Lio (Lionel Vancauwenberghe, deuxième tête pensante du groupe, - ndlr) écrit des morceaux, après on les travaille à deux, mais c’est d’autant plus facile pour moi que j’ai une faculté à pouvoir tomber amoureux des siens. En tout bien tout honneur (rires).
Plutôt que le thème, c’est la mélodie, trouver une mélodie qui prime?
Pour Everest et Nocturne, on cherchait des textes profonds, narratifs, sociétaux… C’était une étape importante, mais c’est souvent devenu invasif au détriment de la mélodie et du côté pop. Pour Eldorado, on a fait le choix très conscient de revenir à l’esprit du premier album. On écrit sur un coin de table ce qui nous passe par la tête, "en mode Beatles" : il faut d’abord que ça sonne, on verra bien après ce que ça raconte!
Eldorado sort chez les Bruxellois de Capitane Records où l’on a une vraie philosophie de la communauté. Ça vous parle?
Énormément. Aujourd’hui, je pense qu’il n’y a plus cinquante façons de gérer un label indépendant et de faire vivre la musique. Le concept de Capitane, qui intègre directement les fans et les passionnés de musique en les responsabilisant, c’est l’avenir. C’est une approche humaine et collaborative qui colle parfaitement à notre vision actuelle.
Vous avez fêté les 20 ans de From here to there: vous y replonger a influencé votre travail sur Eldorado? Avec un peu de nostalgie?
Oui… Se rendre compte que ce disque réunit encore des gens 20 ans après, c’est le plus beau cadeau pour un musicien. Ça nous a donné envie de refaire un album "bricolé" à la maison, Lio et moi. Les deux précédents avaient été faits en studio avec un producteur externe. Ici, le fait de chipoter chez soi, de rouvrir 50 fois un morceau sur deux ans, ça nous manquait. On s’est fait des sessions de ping-pong créatif: je lui envoyais un titre, il changeait le tempo, tripatouillait tout, et me le renvoyait. La tournée des 20 ans (en 2023, quatre AB complètes, - ndlr) a aussi été un vrai "game changer". On jouait sans la pression d’une sortie d’album, d’une promo ou de clips à tourner. On a juste pris le temps de savourer et ça nous a redonné une envie folle de composer.
Comment s’explique votre longévité dans le milieu?
Je pense que c’est parce qu’on a été lents et plutôt rares. On met à chaque fois entre cinq et neuf ans pour sortir un disque! Après chaque cycle, on prend un an ou deux pour respirer et attendre que l’envie de retravailler ensemble revienne naturellement. Ça permet d’aplanir les tensions, les guerres d’egos… Depuis le décès de Pierre (Pierre Van Braekel, en juillet 2022, - ndlr), notre manager qui gérait l’humain comme un grand frère, on est aussi attentifs aux énergies et aux besoins de chacun. On se parle beaucoup.
Vingt ans plus tard… vous ne seriez pas les "parrains" de la scène alternative actuelle en Belgique?
Les parrains, je ne sais pas, mais on a clairement l’impression d’être les derniers des Mohicans! À part Ghinzu qui sort aussi un disque ou Balthazar en Flandre, il ne reste plus beaucoup de groupes comme nous en Belgique. Aujourd’hui, avec les difficultés économiques du secteur, monter un projet à cinq ou six musiciens, avec de gros arrangements, très "musique jouée", c’est devenu financièrement impossible. Si on devait lancer l’histoire de Girls In Hawaii aujourd’hui, ce serait infaisable. Les projets actuels se sont ultra-simplifiés sur scène: un, deux, ou trois musiciens maximum. Alors, quand les gens viennent nous voir, ils assistent à quelque chose qui se fait de plus en plus rare parmi les groupes belges…
Et le public répond présent : votre première date à l’AB est déjà complète, la deuxième, quasi…
C’est une surprise totale et un soulagement de dingue! Après neuf ans sans album original depuis Nocturne, tu te demandes forcément si les programmateurs vont suivre et si ta musique intéresse toujours les gens. On est super agréablement surpris par le remplissage des salles. On s’apprête à faire une quarantaine de dates, beaucoup en France, et on mesure notre chance!
Eldorado
Capitane Records / Goldo / Girls in Hawaii / Modulor
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Girls In Hawaii - Eldorado (Official Video)