Swing
La métamorphose amoureuse
Faut-il souffrir pour s’épanouir ? Peut-on réellement atteindre la plénitude ? Toutes ces questions — et bien d’autres encore — s’invitent en filigrane de F5. Le nouvel album de Swing se détache du rap pour invoquer les esprits de la soul et du gospel. Des chœurs, de l’amour et un lien renouvelé à la spiritualité guident l’artiste vers des sommets insoupçonnés.
Trois ans après l’album Au Revoir Siméon, Swing appuie sur la touche F5. Histoire de rafraîchir son univers à la lumière d’un disque exemplaire. Mis en sons aux côtés du producteur Armand Tournier (Camille Yembe, Lujipeka, Oxmo Puccino), ce nouvel essai est une déclaration d’amour à la musique, aux instruments, à la toute-puissance du collectif. Ce sentiment, suggéré par une pochette foisonnante, se précise dans un enchaînement de couplets "afrodescendants". Épaulé par CRC, Lafleyne, Mandy ou Aupinard, l’artiste bruxellois se réinvente à la faveur de mélodies langoureuses. Quand on lui demande à quoi tient cette métamorphose, Swing se veut d’abord hésitant, avant de répondre franchement : « Je suis retombé amoureux ».
Swing
J’avais envie d’une musique où les instruments racontent autant que les paroles.
C’est donc la première chose qui vous vient à l’esprit quand vous repensez aux trois années écoulées?
Oui. On pourrait croire que je vais parler de musique, de la tournée ou de l’album précédent. Mais non. La première chose à laquelle je pense, c’est ça. Au revoir Siméon, c’était la fin de ma première histoire d’amour. Elle a duré sept ans et demi. Quand une relation comme celle-là s’arrête, tu te demandes forcément ce qui disparaît avec elle. Je ne craignais pas la solitude. En revanche, j’avais peur de perdre une certaine idée de l’amour, la sincérité des sentiments, tout ça. Finalement, je suis retombé amoureux. Je crois que tout est parti de là.
F5 est beaucoup plus intime que vos précédents projets. Vous semblez moins vous cacher derrière les mots. C’est aussi votre impression?
J’ai écrit l’album précédent au lendemain d’une rupture. On fantasme beaucoup sur cette idée que la souffrance fait naître les meilleures chansons. D’abord, je n’en suis pas certain. Ensuite, il faut être capable d’assumer et de vivre avec des morceaux qui, sur le fond, te ramènent sans cesse à un moment où tu n’étais pas bien. Être artiste, c’est étrange : tu chantes publiquement ta version de l’histoire, mais la personne en face n’a pas le même espace d’expression pour te répondre. Avec le recul, je crois que ça m’a rendu plus prudent. Désormais, je me sens libéré.
En 2024, vous fermiez une fenêtre avec un EP intitulé ALT F4. Aujourd’hui, vous la rafraîchissez avec F5. Quel lien faites-vous entre ces deux projets?
À l’époque de ALT F4, je m’étais déjà dit que j’utiliserais peut-être "F5" un jour. Mais seulement si ça correspondait à ce que je vivais. Quand je suis retombé amoureux, le moment m’a semblé opportun. J’avais réellement l’impression d’actualiser quelque chose. Même musicalement.
Sur F5, le rap est en retrait. Les instruments prennent davantage de place. Les sons évoluent vers des ambiances soul-jazz, gospel ou RnB. Pourquoi ce virage?
Ce qui est génial avec le rap, c’est que tu peux t’y mettre sans connaître le solfège ni jouer d’un instrument. Mais, au bout d’un temps, le risque de tourner en rond existe. Travailler dans un studio aussi prestigieux que l’ICP avec un guitariste, un bassiste et un batteur, c’est un aboutissement. Depuis le début de ma carrière solo, mes références musicales me poussent dans cette direction. D’Angelo, Anderson .Paak, Isaiah Rashad ou Childish Gambino sont des artistes qui m’inspirent. Ils ont cette faculté à mélanger les styles, de façon ultra organique. J’avais envie d’une musique où les instruments racontent autant que les paroles.
Avant d’entamer votre carrière, vous avez terminé un bachelier en sciences médicales. Vous avez déjà envisagé la possibilité de revenir à ce métier?Jamais. J’ai terminé mes études il y a dix ans, donc revenir dans le médical n’aurait plus vraiment de sens. Je ne peux pas débarquer dans un hôpital en soutenant que je sais vaguement comment soigner les gens. Ce serait de la folie. On verra où la musique me mène. Ce n’est pas moi qui décide. Ce serait prétentieux d’avoir des certitudes sur ma longévité dans ce milieu. Si un jour ça ne fonctionne plus, j’aurai une autre vie. Mais ce ne sera pas un échec. Parce que je suis conscient de ma chance, du chemin parcouru en studio et sur scène.
Sur le nouvel album, un morceau comme Dis-moi évoque de façon assez frontale la disparition de votre grand-mère. C’était important d’en parler?
Oui. Parce que son décès a changé quelque chose en moi. Déjà, ce n’était pas une mort comme les autres. Ma grand-mère a choisi de partir. Elle nous avait toujours dit que le jour où elle ne pourrait plus vivre comme elle l’entendait, elle ne voudrait pas continuer. Et puis un jour… Cette phrase est devenue concrète. D’un coup, il y avait une date dans l’agenda. On connaissait le jour de sa mort. C’est étrange, parce que tu commences déjà ton deuil alors que la personne est encore là. Avant qu’elle parte, nous avons eu le temps de parler, de rire, d’être ensemble. Nous avons presque célébré son départ avec elle.
Cet épisode a-t-il changé votre rapport à la mort?
Je revois encore son départ. Les médecins l’endorment. Ensuite, ils injectent les produits. Tu peux littéralement entendre la dernière respiration… Moi, je n’ai jamais eu peur de la mort. Ce qui m’angoisse, c’est la maladie, la souffrance, les hôpitaux. Mais pas la peur de partir. Ce qui me touche, c’est l’idée des gens qui restent. Ma grand-mère était la dernière personne de la famille qui vivait vraiment sa foi. Elle priait tous les jours. Quand elle est partie, je me suis surpris à me poser une question toute simple : Qui priera pour moi, maintenant ?
Vous êtes croyant?
Je ne sais pas. C’est compliqué. J’ai longtemps rejeté l’institution. Parce qu’elle me ramène à la colonisation, à la manière dont la religion a été imposée dans certaines parties du monde. Quand tu as des origines rwandaises, tu te demandes forcément à quoi croyait ta famille avant, ce qui a disparu. Et en même temps, certaines idées du catholicisme me touchent profondément. Le pardon, par exemple. Je ne sais pas dans quel monde on vivrait sans ça. Donc oui, je m’interroge. Je ne sais toujours pas très bien où je me situe par rapport à la religion. Mais il y a, dans cette tradition, des choses auxquelles je reste attaché.
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F5
Labrique / Demain [PIAS]
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