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par le Conseil de la Musique

Fervents

Haute tension

Didier Stiers

Le trio punk-rock-garage liégeois, dans lequel, c’est notable, chacun donne de la voix, nous revient avec un premier album enregistré du côté… d’Oakland ! L’art du lâcher prise.

Pour accoucher de leur premier LP, intitulé Service For The Sick et attendu pour ce 9 octobre chez Capitane Records, les trois de Fervents ont traversé l’Atlantique et sont allés s’enfermer dix jours en Californie. Tout commence par un coup de cœur. En écoutant un disque de Gouge Away, groupe hardcore de Floride qui « sonnait méga bien » (sic), Sébastien Beaumont (batterie / chant), Nicolas Berwart (basse / chant) et Ben Baillieux-Beynon (guitare / chant) flashent sur la production organique de Jack Shirley (Deafheaven, Oathbreaker…). « On lui a envoyé un mail… » Le producteur leur répond rapidement et les invite dans son sanctuaire analogique : The Atomic Garden, près d’Oakland.

Ce voyage donne l’occasion au trio liégeois de sceller des trajectoires croisées. Si Sébastien Beaumont dicte le tempo, Ben Baillieux-Beynon et Nicolas Berwart se connaissent pour avoir partagé l’aventure indie rock de Paon. Quant au bagage de Ben, il est solide: il a mené un projet solo, Ébbène, mais a surtout été le leader des Tellers, voilà une vingtaine d’années. Avec Fervents, les garçons opèrent un retour radical à l’électricité.

À Oakland, pas d’écrans. Tout est capté en direct sur bande magnétique. Trois musiciens dans une pièce, les amplis à fond, et une règle d’or : « You gotta learn to love it », dixit Shirley ! « On a dû travailler comme si on partait en tournée. Cela t’oblige à penser le morceau comme un tout », explique Nicolas.

Mais l’aventure dépasse le studio. En débarquant fin 2025 à East Oakland, le groupe se prend une claque. « Le jour avant notre arrivée, une fusillade avait eu lieu devant le studio. Jack nous a interdit de sortir seuls la nuit », raconte Ben. Le contraste est violent entre les villas cossues et, trois blocs plus loin, des rues peuplées de zombies chargés au Fentanyl. Cette misère résonne puissamment avec leurs textes. « Nos morceaux parlent d’aliénation, de la pression moderne. Un sujet universel qui touche tout le monde et traverse l’album. Là-bas, on a vu ce que ça donnait poussé à l’extrême. » On comprend mieux le titre de l’album. Comme l’écho d’une société malade…

Ben Baillieux-Beynon s’active surtout la nuit, pour exorciser ces / ses démons : son moment de prédilection, pendant lequel le travail d’écriture se fait purement viscéral. Pas de recette magique, car tout part d’une phrase lue ou entendue… L’artiste traque les mots, histoire de trouver ceux qui résonnent. Chaque syllabe doit chanter, vibrer, posséder sa propre mélodie afin de coller au rock rugueux de Fervents.

Sur scène comme en studio, ce cri est porté collectivement par une hydre à trois têtes qui hurlent à l’unisson. L’une des caractéristiques du groupe reste en effet l’usage des trois voix, qui surprend et marque immédiatement l’auditeur. Pas de chichis ni de calculs savants : c’est l’héritage punk en action! Inspirés par les Clash, Ben, Sébastien et Nicolas scandent les refrains tous ensemble pour un effet uppercut garanti. Une polyphonie sauvage, ultra-efficace et parfaitement instinctive, née dès leurs débuts en 2021. Les Liégeois n’ont certes pas inventé la poudre mais ils savent fort bien comment jouer avec les allumettes !


Fervents
Service For The Sick
Capitane Records