Accéder au contenu principal
Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Académies: la fin de la gratuité pour les moins de 12 ans fragilise-t-elle l’accès aux arts?

Victoria De Schrijver

Depuis cette rentrée 2026-2027, les moins de 12 ans ne bénéficient plus automatiquement de la gratuité dans les académies. Une mesure qui interroge l’accessibilité des arts et fragilise certains établissements.

Depuis la rentrée 2026-2027, l’inscription dans les académies de la Fédération Wallonie-Bruxelles coûte désormais 95 euros pour les moins de 12 ans, pour qui l’inscription était jusque-là gratuite. Les exemptions sociales sont maintenues mais le prix peut freiner certaines familles, surtout lorsque plusieurs enfants sont inscrits, et constituer un obstacle pour les foyers qui souhaiteraient les initier aux arts.
 

Valère Burnon
Je pense qu’il est important que tout le monde y ait accès.


Début juin dans L’Écho, un directeur d’académie défendait anonymement la mesure. Elle permettrait de « revaloriser » le métier et « d’écrémer légèrement les élèves touristes ». « Les jeunes qui veulent vraiment faire de la musique en feront toujours ! », concluait-il. Mais faut-il déjà être certain de sa vocation pour découvrir un art ? L’académie offre précisément cet éveil aux enfants éloignés des milieux artistiques.

Une porte d’entrée déterminante

Le parcours du pianiste Valère Burnon, troisième prix du Concours Reine Élisabeth 2025, en fournit un exemple. Issu d’une famille sans musicien, il est inscrit très jeune au "présolfège", puis commence le violon et le piano. « C’est véritablement grâce à l’académie que tout a pris forme », raconte-t-il. L’académie constitue ainsi le premier maillon d’une formation qui se poursuivra ensuite entre cours privés, conservatoires et institutions supérieures. L’académie ne forme pas que des professionnels. L’apprentissage d’un instrument peut s’y étendre sur dix ans et créer une relation privilégiée avec le professeur et les autres élèves. En réunissant générations et milieux autour de plusieurs disciplines, son rôle est artistique autant que social.

Pour Valère Burnon, la fin de la gratuité est « un désastre » susceptible de creuser les inégalités sociales mais aussi d’appauvrir le vivier musical belge. « Le nombre de candidats belges au Concours Reine Élisabeth reste un sujet récurrent dans le milieu classique. Or, pour en voir davantage, estime-t-il, c’est au niveau des académies que ça commence. »

Deux réseaux, deux difficultés

Sur les 95 euros acquittés pour l’inscription d’un enfant de moins de 12 ans, 19 euros sont rétro cédés au pouvoir organisateur. Les académies officielles subventionnées dépendent généralement d’une commune, qui participe à leur fonctionnement. Les académies libres subventionnées ont quant à elles un pouvoir organisateur privé, souvent constitué en asbl, et elles ne disposent pas du même appui communal. Une autre mesure interdit aujourd’hui d’imposer un droit d’inscription complémentaire. Des établissements liégeois ont d’ailleurs introduit un recours devant le Conseil d’État. Sous 350 inscriptions durant deux années, une académie peut être fermée ou fusionnée.

Une accessibilité à géométrie variable

À Beloeil où l’académie compte environ 370 élèves, quelques dizaines de non-réinscriptions pourraient fragiliser son avenir. La commune a décidé de prendre en charge 47 euros par enfant, tandis que Fleurus accordera une prime de 25 euros par enfant de moins de 12 ans inscrit. Face à la réforme, le collectif Be Free Be Academy diffuse des témoignages d’élèves, de professeurs, d’artistes et de membres du personnel afin de rappeler le rôle social et culturel des académies. Pour Valère Burnon, la musique est un langage universel : « Je pense qu’il est important que tout le monde y ait accès ».