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par le Conseil de la Musique

#MeTooDJ

Quand le “care” performatif montre ses failles

Souria Cheurfi

Les récentes accusations de comportements manipulateurs et d’agressions sexuelles à l’encontre de figures internationales de la hardtechno viennent secouer le monde de la nuit. Où en est la “safety” et le “care” dans les milieux festifs? Pourquoi certain·es acteur·ices semblent rester intouchables? Quid du “call-out” et de la “cancel culture”? Quelques réflexions d’acteur·ices de la scène “nightlife” et du “care”.

Amelie Lens

Les récentes accusations de comportements manipulateurs et d’agressions sexuelles à l’encontre de figures internationales de la hardtechno viennent secouer le monde de la nuit. Où en est la “safety” et le “care” dans les milieux festifs ? Pourquoi certain·es acteur·ices semblent rester intouchables ? Quid du “call-out” et de la “cancel culture” ? Quelques réflexions d’acteur·ices de la scène “nightlife” et du “care”.
 

Amelie Lens
La sécurité a été considérée comme un “problème de femmes” pendant trop longtemps.


Le 18 février, une publication Instagram du booker Brad Bedzyk (@bradnolimit) fait des remous sur les réseaux. À l’origine, son post prend plutôt la forme d’un règlement de compte personnel. Il dénonce des pratiques et un climat “creepy” au sein de Steer Management, une agence française de gestion d’artistes pour laquelle il a arrêté de travailler en août 2025 afin de « préserver sa santé mentale », écrit-il. Le post a un effet boule de neige et ses DMs s’emplissent de témoignages de personnes ayant été (présumément, ndlr) victimes de comportements manipulateurs et/ou d’agressions sexuelles de la part de plusieurs artistes de l’agence. Sont régulièrement notamment cités : Shlømo, Basswell, Fantasm, Carv ou le DJ bruxellois Odymel. Ces DJs sont reconnus internationalement au sein de la scène hardtechno et cumulent des millions d’abonné·es et de streams.

Les témoignages, memes et captures d’écran compromettantes virevoltent en stories à la même vitesse que les avis et critiques sur la manière dont ceux-ci sont partagés. Les intentions de Brad Bedzyk sont remises en cause, le bon vieux débat sur la cancel culture est à nouveau ouvert, et le compte français @metoodjs, créé quelques jours avant la publication de Brad Bedzyk, tombe à pic pour prendre le relais, rassembler les témoignages et encadrer le processus.
 

Amelie Lens - DJ
Le dancefloor est notre maison et le backstage est notre lieu de travail, mais aucun des deux n’est sûr.


Cet article ne s’étendra pas sur les faits, allégations et dénonciations ; ceux-ci sont entre les mains des victimes et nous ne pouvons qu’espérer qu’elles seront entendues et que les personnes impliquées seront rendues responsables. Mais quel impact cette nouvelle vague de MeToo a-t-elle en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Amélie Lens, DJ techno belge à la renommée internationale, a pris la parole sur les réseaux également : « Nous sommes fatiguées, écrit-elle, le dancefloor est notre maison et le backstage est notre lieu de travail, mais aucun des deux n’est sûr. La sécurité a été considérée comme un “problème de femmes” pendant trop longtemps. Nous avons été forcées à devenir notre propre sécurité, à surveiller constamment nos verres, les portes et à développer un langage silencieux. […] » Elle partage également une situation vécue de harcèlement et de menace de viol pour laquelle la police n’a « rien pu faire ».

Institutionnaliser le care

En 2021, le mouvement BalanceTonBar avait créé l’émoi, avec des témoignages qui visaient principalement les lieux festifs (bars, clubs, festivals), leurs gérants et employés. Suite à ces dénonciations, bon nombre d’organisations ont mis en place des protocoles de sécurité pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), tels qu’un discours de sensibilisation à l’entrée des clubs, des espaces de repos, des affiches de sensibilisation, et surtout, ce que l’on appelle des “care teams” (littéralement : équipes de soin, aussi appelées “lucioles” ou “angels”).

Charles Pennec est étudiant·e en Master en Gestion culturelle à l’ULB et rédige son mémoire sur les “safer spaces” dans la scène clubbing bruxelloise. Dans ce contexte, ielle a un podcast sur ces thématiques, diffusé sur la radio bruxelloise GIMIC, en plus de faire partie de plusieurs collectifs queers et de travailler sur le terrain au sein de “care teams”. Ielle explique que « la première étape pour prévenir les violences, c’est d’admettre qu’elles existent et qu’elles arriveront, et de créer des protocoles pour les prévenir et agir lorsqu’elles ont lieu ». Dans ce contexte, se proclamer comme un “safe space” n’a pas de sens ; nous parlerons donc de “safe(r) spaces”. Ielle explique notamment que le speech donné à l’entrée des clubs n’est pas uniquement un outil de prévention mais aussi de détection des profils potentiellement à risque : « Si deux minutes avant d’entrer dans la soirée, une personne n’est pas capable d’écouter quelqu’un qui lui rappelle des règles de respect, ça veut dire qu’à l’intérieur, en ayant consommé de l’alcool ou autre, il y a potentialité à ne pas respecter les autres et les règles de l’espace », explique-t-ielle.

Sara Lovisetto fait aussi partie des personnes qui se sont engagées dans cette mission en réponse à l’état d’urgence visibilisé par Balance Ton Bar. « Grâce à ça, la Ville de Bruxelles a mis à disposition le premier subside pour des projets qui luttent contre les violences sexuelles et sexistes dans les milieux festifs. Nous avons remporté l’appel à projets et avons pu structurer notre projet Osmose, créer des formations, des protocoles et aussi de l’emploi », explique-t-elle. Aujourd’hui, Osmose n’existe plus, mais Sara travaille toujours autour du partage de la notion de “care” en tant que consultante, coordinatrice et formatrice dans tous les espaces où se mêlent des publics divers et qui veulent faire ce travail, du club au théâtre en passant par l’espace co-working.

À Liège, une autre Sara fait partie du collectif À Nous La Nuit (ANLN), né en 2022, dont l’objectif est le même. Nous la nommerons Sara ANLN par souci de clarté. « Le collectif est né d’une envie d’agir concrètement et collectivement face à une situation qu’on connaissait bien en tant que minorités de genre, et collectiviser les actions qu’on faisait déjà de manière individuelle : checker nos potes, vérifier avec qui on part, nos états d’alcoolémie, intervenir quand on est témoin d’agressions ou de harcèlement », explique-t-elle. ANLN commence donc à expérimenter au sein d’un club à Liège avec des équipes identifiées et identifiables comme personnes ressources lors des soirées. « On fonctionne comme un maillon d’une chaîne ; on ne se substitue pas aux professionnel·les de la santé ou de l’intervention mais l’idée est d’avoir des personnes sensibilisées et attentives qui peuvent agir vite s’il se passe quelque chose », explique Sara ANLN. « Le but, c’est d’autonomiser les organisateur·ices d’événements. On propose de former des équipes, de réfléchir à des chartes et des fonctionnements sur mesure pour chaque événement et structure. »

Ce qui se passe en backstage, reste en backstage?

Selon Sara ANLN, les actions mises en place ces dernières années ont une efficacité certaine mais connaissent aussi des limites : « Le premier pas qu’on a fait – car il faut bien attaquer cette montagne incommensurable par un petit bout –, était plutôt à destination du public. Mais dans notre approche, on accentue le côté systémique: on ne peut pas mettre la responsabilité sur une seule personne (public, patron, ou employé·e). C’est quelque chose qui doit être partagé et il faut qu’un changement se fasse dans l’idée de responsabilité collective, et c’est très compliqué ».

À la question de savoir si les protocoles de “care” sont d’application en backstage, Sara ANLN répond : « Je ne trouve pas. C’est clairement pas le deal pour l’instant. Mais comment faire ? Une fois que tu te questionnes là-dessus, c’est un château de cartes qui s’effondre, parce que dans les backstages, tu retrouves des potes de tel DJ programmé, donc quelqu’un d’influent dans le milieu, parfois intouchable, donc c’est encore plus complexe. Y’a une omerta ; on ne parle pas par crainte d’être accusé·e de jalousie ou parce qu’on veut garantir sa place sur un line-up ».

La guestlist et la dynamique de l’entourage

Sara Lovisetto précise que si un protocole est mis en place, il doit être le même pour tout le monde. « Quand je travaille à la porte et qu’il y a une file pour la guestlist, je dis: “Vous avez eu le privilège de ne pas payer mais une fois que vous entrez, vous êtes exactement comme les autres.” » Ses années d’expérience montrent que la majorité des problèmes viennent en réalité de la direction et de l’entourage. « C’est une dynamique de personnes qui se connaissent, qui sont très à l’aise et confortables dans les lieux, explique-t-elle. Quand tu as accès à tout, que tu es connu, bien aimé… On aime bien la figure du méchant qui correspond à nos imaginaires mais quand le méchant ressemble à un pote, qu’est-ce qu’on fait ? Notre système de valeurs change. »

Melissa Juice est DJ et se définit aussi comme organisatrice communautaire. Elle fait notamment partie du collectif techno queer Missfitte et de l’organisation de la Dyke March*, une pride alternative dédiée à toutes les personnes qui remettent en question la binarité. Melissa Juice confirme les propos de Sara en confiant une agression vécue dans le backstage d’un club bruxellois après y avoir joué. « Le backstage était rempli de personnes que je ne connaissais pas, dont un mec qui était vraiment à la masse et ses ami·es trouvaient ça drôle. Jusqu’à ce qu’il tombe et que son entourage réalise qu’il fallait peut-être faire quelque chose. Mais à ce moment-là, il s’est approché de moi, m’a attrapé par la taille et embràssé dans le cou », confie Melissa Juice. Sur le moment, elle a juste eu le réflexe de le repousser mais, par la suite, elle a réalisé la gravité de la situation et en a fait part à son “artist care” (personne qui s’occupe de l’accueil d’artistes). Il s’est avéré qu’il s’agissait du vidéaste. « C’était un gig très important professionnellement et émotionnellement pour moi. Et si je veux en partager des vidéos, je dois utiliser le travail d’un mec qui n’a absolument pas respecté mes limites physiques. C’est là que tu réalises que le problème est structurel. »

Selon Charles Pennec, la problématique du backstage révèle un manque de travail de fond. « On peut mettre plein de règles en place dans la soirée et le backstage : si les gens derrière les événements ne respectent pas ces principes, le public saura qu’on s’en fout un peu, dit-ielle. Il y a le travail collectif mais aussi le travail de déconstruction que tout un chacun doit faire dans sa vie perso et pro. C’est un travail lourd et difficile, il faut se remettre en question toute sa vie. Mais il est super important et ne peut faire que du bien. »

De la responsabilité des agences de booking

La récente vague de dénonciation concerne non seulement des artistes mais aussi leur agence de booking, Steer Management. La problématique s’étend donc bien à tous·tes les acteur·ices de la scène. Leah Weberman a fondé une petite agence de booking, THE [W]HOLE, lancé Cherry Bomb, un collectif qui organise des événements musicaux engagés, et travaille (souvent bénévolement) sur de nombreux projets culturels.

Au sein de son agence, deux dispositifs très concrets ont été mis en place pour lutter contre toutes formes de violences : une charte de valeurs et des clauses dédiées aux discriminations identitaires dans les contrats d’artistes. La charte est avant tout un outil qui permet aux artistes et agent·es de travailler ensemble de manière transparente en mettant à l’écrit les valeurs artistiques et politiques de la collaboration. Le contrat a le même effet mais il inclut également la responsabilité des organisateur·ices. « Ces clauses permettent de protéger à la fois les personnes dans le club et les artistes que je représente », explique Leah. Dans les faits, il est difficile de poursuivre légalement une organisation pour des faits de discrimination mais le fait d’aborder des questions d’identité, dans une charte et un contrat, instaure un cadre de travail et une intention pour toutes les parties.

Outre ces documents, Leah sait aussi avec quels partenaires collaborer ou non. « Je suis malheureusement au courant de beaucoup de choses et c’est important pour moi de collaborer avec des personnes qui représentent la musique telle qu’on l’aime et qu’on veut la voir représentée, et ne pas donner de légitimité aux mauvaises personnes. » Si ceci peut donner l’impression de se baser sur des rumeurs, les mises en garde jouent un rôle essentiel au sein des communautés marginalisées, surtout lorsque les personnes en question sont trop difficiles à atteindre. Dans le cas des artistes qui viennent d’être énoncés, le nombre de témoignages qui ont suivi la publication de Brad Bedzyk indique clairement que beaucoup de personnes étaient au courant de ces comportements mais qu’elles n’osaient pas les dénoncer, pour des raisons compréhensibles lorsqu’il s’agit de victimes, et plus déplorables lorsqu’il s’agit de l’entourage. « Tous ces gars dont on a entendu parler, c’est pas nouveau. Le problème c’est le pouvoir octroyé à des personnes de la scène, l’entre-soi et les amitiés qui empêchent la remise en question et les dénonciations. »

Le « care » : un truc de gauche anticapitaliste

Selon Melissa Juice, le cas de Steer Management ne doit pas être vu comme un cas isolé de sexisme mais comme un exemple probant d’une scène techno capitaliste où tout est performatif. « Les gens sont choqués lorsqu’ils entendent parler de ce niveau de violence mais ils ne saisissent pas que tout ce business repose là-dessus, dit-elle. Comment rendre éthiques ces immenses soirées techno commerciales ? C’est impossible. Elles reposent entièrement sur le patriarcat et le capitalisme. J’aimerais que les gens retiennent de cette histoire qu’il n’est pas uniquement question de misogynie, mais surtout de classe et de célébrité. »

Il faut donc absolument tout déconstruire car tout est lié. « Je suis une fervente défenseuse d’une “nightlife” qui ne repose pas sur des têtes d’affiche et ne soit pas axée sur le profit. C’est exactement à l’opposé d’une “nightlife” communautaire », ajoute Melissa Juice.

Sara Lovisetto explique que le “care” est difficile à mettre en place dans un contexte capitaliste où la fête est pensée comme un produit, que le public paye et consomme, et non plus comme un espace politique et de résistance principalement pour et par les personnes marginalisées comme ce fut le cas à l’origine. « Cette dynamique a un impact sur la manière dont les personnes vont interagir au sein de l’espace. Il faut responsabiliser le public pour qu’il réalise qu’il fait partie intégrante de l’événement et qu’il n’est pas simple consommateur », dit-elle.

De plus, Melissa Juice rappelle que le milieu de la nuit traverse actuellement une crise financière qui risque de mettre en péril les efforts déployés ces dernières années. « De nombreux clubs et festivals mainstreams ont mis en place des équipes de “care” car c’est devenu une norme performative, dit-elle. Mais comme ils sont en difficulté financière, le “care” sera la dépense qu’ils supprimeront en premier. Si c’est le cas pour vos événements, la structure même de votre organisation ne permettra pas au “care” de survivre. » Cette dynamique, Charles en est déjà témoin sur le terrain. « Un travail se fait au niveau institutionnel mais, concrètement, il n’y a aucun subside et on n’a aucune protection en tant que travailleur·se dans le “care”, car on est considéré·es légalement comme des travailleur·ses horeca, explique-t-il. La protection n’est pas suffisante par rapport à ce qu’on fait : on touche à l’assistanat social, la sécurité, parfois presque au médical*. Si on pouvait avoir un semblant de législation, ça pourrait aussi amener à plus de subventions car la formation dans ce domaine coûte cher et les clubs n’en ont pas toujours les moyens. »

Sauf que le “care”, tel que le concept a été développé dans les années 1980, est intrinsèquement une pratique de gauche ; en opposition aux logiques libérales et individualistes. « Dans le contexte actuel, avec un gouvernement de droite, ce n’est pas la priorité, regrette Charles. Même si les droitard·es vont aussi en boîte… »

« Call out » ou ne pas « call out »

Si l’impact de cette nouvelle vague de dénonciations est indéniable, elle soulève à nouveau la question du “call-out” (le fait d’interpeller publiquement quelqu’un, souvent pour critiquer ou dénoncer, notamment via les réseaux sociaux) et de la “cancel culture”. Certains commentaires se limitent d’ailleurs à dénoncer la méthode, sans trop prendre en compte la gravité des faits ni les victimes. « Un peu comme avec MeToo, on voit la puissance de ce phénomène, dit Melissa Juice. Quelqu’un est puni pour avoir commis un acte horrible, c’est déjà un pas. Je ne pense pas que beaucoup de ces hommes aient voulu se racheter ou s’améliorer ; ils voulaient simplement ne pas se faire prendre. Parce que c’est ça, le jeu. » Mais le “call-out” n’est pas sans danger, et il connaît des limites. « Le “call-out” est important pour briser le silence, faire émerger des récits et mettre une pression, dit Sara Lovisetto. Mais dans certains cas, il instaure des dynamiques de peur plus que de transformation. Seul, il ne permet pas de construire des “safer spaces”. » Sara explique qu’un “call-out” doit être accompagné de ce qu’elle appelle un “call in”, c’est-à-dire un processus de réparation.

Si les personnes interviewées estiment que le recours au “call-out” dans le cas de Steer Management était approprié, elles se questionnent aussi sur la sur-utilisation de cet outil au sein des communautés militantes. « Les “call-out” sont importants lorsqu’ils visent des personnes intouchables, comme les artistes de Steer, dit Melissa Juice. Cependant, il faut savoir distinguer les rapports de force : on ne peut pas utiliser le “call-out” de la même manière pour tout le monde. On doit apprendre à gérer les conflits et les tensions au sein de nos communautés, au lieu de bloquer les gens ou de les ghoster sur le plan personnel ou professionnel. Si on veut rester uni·es et lutter contre les véritables oppresseur·ses, on doit apprendre à travailler ensemble. Certaines personnes commettent des erreurs, sans pour autant être des prédateurs. Le “call-out” ne met pas uniquement fin à une carrière ; il peut briser une personne. »

L’objectif est donc de passer d’une justice punitive à une justice transformatrice ou réparatrice, en accompagnant les agresseur·ses. Ayant elle-même été victime d’un “call-out” au sein de la communauté queer, Melissa Juice est bien placée pour en parler. « Les gens ne sont pas prêts à entendre qu’il faut faire un travail de transformation et humaniser les agresseur·ses, dit-elle. C’est difficile mais c’est la voie que nous devons suivre. On voit bien que la justice punitive ne nous apporte pas ce qu’on veut. Ça nous fait juste nous sentir mieux et nous procure un petit sentiment de pouvoir sur le moment. »

Charles ajoute qu’il faut faire la distinction entre la posture publique et privée, et s’il est selon ielle logique de ne plus mettre sur le devant de la scène une personne ayant commis une agression, dans le privé, il faut l’accompagner pour déconstruire les violences qu’iel a commises et que ça ne se reproduise pas. « Il y a quand même une capacité de changement chez les gens, je crois, dit-ielle. Si la personne admet les violences et veut faire en sorte d’aller mieux, c’est important de reconnaître cette volonté-là, en faisant attention au performatif réactionnel. »

Le cas de Steer Management est donc loin d’être clos ; certaines publications mentionnent par ailleurs des procédures judiciaires en cours. Espérons que ces tristes événements aient un impact positif sur la scène “nightlife”, que tous·tes ses acteur·ices, des scènes alternatives aux plus mainstreams, réalisent l’importance du travail de “care” et de la justice réparatrice. « Je suis sûre que ces hommes sont entourés d’un cercle de personnes très dévouées qui ne les abandonneront pas et les aideront à traverser les transformations qu’ils auront à vivre, et c’est formidable, conclut Melissa Juice. J’aimerais vraiment que les gens puissent voir les choses sous cet angle. C’est ça, le “care” communautaire. »

* L’article ne permet pas de développer en profondeur certains sujets liés mais les personnes interviewées insistent sur le fait que les questions de réductions des risques et des violences sexistes et sexuelles y sont étroitement liées et ne peuvent en être dissociées.