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par le Conseil de la Musique

Dans la famille SLUUUR, on demande Angelina Tirard

Diane Theunissen

Ce 11 avril, Les Halles de Schaerbeek feront trembler les murs avec SLUUUR, nouveau rendez-vous dédié aux scènes punk et alternatives.

À l'initiative : Angelina Tirard, coordinatrice des événements musicaux des Halles, enfant des collectifs et des backstages. « C'est la première fois que je programme un festival de façon professionnelle mais ça fait des années que je touche à ça », nous glisse Angelina, la voix calme et posée. Avant SLUUUR, elle fait ses armes entre Arlon et Bruxelles: projets montés avec des ami·es, production apprise sur le tas, énergie DIY chevillée au corps. Aux Halles, elle débute par le spectacle vivant, jusqu'au coup d'arrêt brutal de 2020 : « Le Covid est arrivé, on a produit beaucoup d'événements pour les annuler en dernière minute, c'était assez démoralisant ». Besoin d'air. Elle part alors sur la route comme tour manager auprès d'Amyl and the Sniffers, DIIV et Curtis Harding, sillonne les salles et festivals européens, observe, engrange. Deux ans plus tard, retour à Schaerbeek : « J'adore ce lieu, je le trouve magnifique, j'adore les équipes et les collectifs avec lesquels j'ai pu travailler ».
 

Angelina Tirard
Je me suis dit : “on ne peut pas passer à côté de l’occasion d’avoir un festival de punk
où on visibiliserait les artistes sexisé·es”.


Le déclic survient à la lecture du dernier rapport de Scivias. Les chiffres sur la sous-représentation des personnes FINTA sur les affiches – et dans les équipes de programmation – l’interpellent. « Je me suis dit : “on ne peut pas passer à côté de l’occasion d’avoir un festival de punk où on visibiliserait les artistes sexisé·es”. » Mais hors de question d’en faire un argument de vente : « C’est juste un festival de punk (…) Ce n’est pas un genre musical, d’être un·e artiste sexisé·e ».

Pensé comme un espace de ralliement, de découverte et de réflexion, SLUUUR assume pleinement sa dimension pluridisciplinaire. Au programme : une dizaine de lives – de Baby Volcano à Blaank, en passant par Coucou c'est moi et Isabella Strange – mais aussi une conférence, une expo photo, un plateau radio, un cercle de parole en mixité choisie et des ateliers d'initiation musicale. Lors de notre entretien, nous lui confions d'ailleurs combien il est précieux de voir un festival qui ne se cantonne pas à la musique mais qui crée de l'espace pour dialoguer, apprendre, faire communauté. Elle acquiesce : « La volonté de cet événement, au-delà d'avoir seulement des concerts, c'est de montrer à quel point c'est une scène ultra dense et variée, qui mobilise des passionné·es dans plein de disciplines différentes ».

Fidèle à son ADN collectif, Angelina ne construit pas le projet dans son coin. Elle s'entoure de Camille Loiseau, de la branche FMiniste de Radio Panik, de Radio Vacarme, de Pullet Rocks, de Superconcerts, de Scivias, ainsi que de Lyne BNC et Clarisse Lafarge. Ensemble, elles imaginent les thématiques, le plateau radio et les espaces de discussion. « J'avais envie d'entendre ce que les gens ont à dire. Je trouve ça moins intéressant de venir avec nos questionnements à nous en tant qu'institutions. »

Plus qu'un festival, SLUUUR se veut un point de ralliement : « On ne veut pas prétendre créer quelque chose qui n'existe pas. On a surtout envie d'être un relais ». Une caisse de résonance pour une scène encore trop souvent reléguée en première partie – et un lieu pour connecter les musicien·nes entre elles. Le punk comme catalyseur, la communauté comme horizon.