La Médiathèque et sa collection
Un clap de fin amer
Dans quelques mois, c’en sera fini de la Médiathèque. Une décision prise par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles malgré une dernière évaluation positive du projet par l’Administration générale de la Culture. Et qui pose la question du devenir des 400.000 médias composant la collection de la vénérable institution.
La fin d’une histoire de 70 ans. Lorsque suite à son conclave budgétaire d’octobre 2025, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé qu’il ne renouvellerait pas le contrat-programme de la Médiathèque Nouvelle, qui perdait ainsi ses subsides, ce ne sont pas moins de sept décennies d’histoire qui ont défilé sous les yeux des amoureux de musique, de cinéma et de jeux. Née en 1956 sous le nom de “Discothèque Nationale de Belgique”, l’asbl a longtemps centré son activité sur la location de disques, de films et de jeux vidéo. En 2000, au plus fort de son activité sous le patronyme de “La Médiathèque de la Communauté française”, ce ne sont pas moins de 4.117.931 prêts qui sont réalisés en une année. Mais très vite, la situation s’envenime. La dématérialisation de la musique, le téléchargement, puis les plateformes d’écoute géantes comme Spotify ou Deezer creusent lentement la tombe de la vieille dame. L’activité de location décroît, jusqu’à devenir marginale. Pour sauver sa peau, l’asbl recentre ses activités sur un travail de médiation, d’animation assez large sous le nom de “PointCulture”. Puis, à partir de 2022, l’asbl devient un opérateur d’appui auprès des réseaux d’opérateurs culturels (bibliothèques, centres culturels), centré sur l’éducation aux médias. Ses collections restent quant à elles accessibles au prêt via les bibliothèques de la FWB, dans lesquelles la Médiathèque Nouvelle – son nouveau nom depuis 2025 – organise des événements, des concerts. Un repositionnement qui n’empêchera pas la mort de la structure. Le 13 octobre 2025, le cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), la Ministre-présidente de la FWB, publie un communiqué de presse au titre sans ambiguïté : "Clap de fin pour la Médiathèque Nouvelle".
Philippe Horevoets - Delta / Namur
Si suite à la disparition de la Médiathèque Nouvelle,
le prêt va survivre via les bibliothèques,
tout le travail de mise en valeur et d’animation de la collection
risque par contre de disparaître.
Il faut dire qu’avec un subside annuel de 3,6 millions d’euros par an, l’asbl avait tout pour attirer l’attention. Les autorités de la FWB souhaitaient effectuer 700 millions d’euros d’économies, en plus d’impulser pour 200 millions d’euros de politiques nouvelles, sur l’ensemble de la législature… La suppression de la Médiathèque Nouvelle est-elle donc logique? À voir. Car de nombreuses questions subsistent. Pourquoi avoir décidé de mettre fin à l’histoire de l’asbl alors que l’Administration générale de la Culture avait remis un avis positif à son sujet en 2025? Et puis surtout, que va devenir la fameuse collection de médias, forte d’environ 400.000 pièces, possédée par la vénérable institution?
Un vrai renouveau
Nico Patelli est attaché de presse d’Élisabeth Degryse, qui est également en charge de la Culture à la FWB. Interrogé sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à organiser la fin des activités de l’asbl, il confirme le constat évoqué le 13 octobre. « Cette décision est basée sur un travail d’analyse et sur la réalité budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les habitudes de consommation des médias (en référence à la quasi disparition du prêt, - ndlr) ont également changé », confirme-t-il. Avant d’évoquer un avis peu enthousiaste de l’Administration générale de la Culture publié en 2021 lors de la précédente législature et qui soulignait notamment des problèmes de cohérence des missions de la Médiathèque Nouvelle avec celles effectuées par d’autres opérateurs.
Pourtant, depuis, la Médiathèque Nouvelle a changé. « Avec cette mission d’opérateur d’appui, il y a eu un vrai renouveau », explique Édith Bertholet, sa directrice générale. Outre l’accès aux collections pour les donner en prêt, les bibliothèques ont pu bénéficier de l’aide de l’asbl pour développer des projets musicaux, des ateliers et formations, des projections ou des écoutes de médias. De manière plus générale, la Médiathèque Nouvelle assiste 500 opérateurs pour la mise sur pied de tout un tas de projets, notamment « en animant les collections qui ont été constituées au fil des ans », détaille Jean-Jacques Deleeuw, président de son conseil d’administration. Une activité renouvelée qui a valu à l’asbl la reconnaissance d’opérateurs culturels. À la tête du Delta, un centre culturel situé à Namur, et aussi un opérateur d’appui aux bibliothèques de la Province de Namur, Philippe Horevoets salue le travail effectué par la Médiathèque Nouvelle au cœur de celles-ci. « Cela les a ouvertes à la musique, aux documentaires, décloisonnant les arts. Il y a un travail de médiation et d’animation des collections de la Médiathèque Nouvelle pour les rendre vivantes. »
Du côté de l’AGC aussi, ce virage semble avoir produit des effets. Début 2025, l’administration a rendu un rapport bien plus positif qu’en 2021. Celui-ci évacuait les reproches de redondance évoqués quelques années avant en indiquant que la Médiathèque Nouvelle développait dans ses nouvelles missions d’appui « une expérimentation spécifique ». Pourquoi avoir alors justifié sa disparition en évoquant cette “redondance” ? Interrogé sur cette contradiction, Nico Patelli invoque une « décision politique » que regrette Philippe Horevoets. « Si suite à la disparition de la Médiathèque Nouvelle, le prêt va survivre via les bibliothèques, tout le travail de mise en valeur et d’animation de la collection au sein des opérateurs culturels risque par contre de disparaître », explique-t-il. Interrogé par Larsen sur ce que le cabinet entend faire pour pérenniser ce travail, Nico Patelli dit ne pas encore pouvoir s’avancer.
Le temps presse
Pour ce qui est du devenir des collections, Larsen a pu obtenir quelques informations auprès d’Édith Bertholet. Une partie devrait être reprise par la Lecture publique (les bibliothèques) et demeurera accessible au prêt, comme c’est le cas aujourd’hui. Un autre pan, celui des collections dites “historiques”, devrait être transférée à la Bibliothèque Royale de Belgique (KBR) pour consultation sur place. Enfin, une toute petite partie devrait filer vers le Conservatoire royal de Bruxelles pour l’enseignement. « Pour le volet prêt et consultation, dans tout ce qui existe dans le paysage de la FWB, les transferts vers ces opérateurs est la solution qui paraît la plus adéquate, analyse Jean-Jacques Deleeuw. Mais on sait que tout le reste, la mission d’animation de cette collection, va passer à la trappe. » La Lecture publique et la KBR ont décliné les demandes d’interview de Larsen. Et ici encore, Nico Patelli ne s’avance pas, évoquant « une décision dans les prochaines semaines ».
Pourtant, le temps presse. Si initialement le cabinet Degryse prévoyait la fin des activités de la Médiathèque Nouvelle pour 2028, les choses iront en réalité beaucoup plus vite. Incapable d’assumer sa survie financière jusqu’à cette date tout en payant des préavis parfois très longs, la Médiathèque Nouvelle risquait de faire faillite à tout moment. Il a donc fallu accélérer le processus. 42 travailleurs disposent donc actuellement d’un préavis jusque fin avril, « le temps de transférer les collections », situe Édith Bertholet. Dix autres travailleurs et travailleuses iront jusque fin juin. Puis, ce sera effectivement “clap de fin” pour la Médiathèque Nouvelle. Un “clap” qui semblait avoir été décidé bien avant le conclave budgétaire d’octobre 2025, d’après des informations que Larsen a pu obtenir. Une situation qui pourrait expliquer le manque de concertation avec l’asbl, dénoncé par sa directrice générale. « Pendant neuf mois nous avons sollicité des rendez-vous, sans réponse », regrette-t-elle. Avant de déplorer que du côté du cabinet de la Ministre-présidente, « on ne parle que de prêt alors que la Médiathèque Nouvelle ne fait plus ça directement ». « Au cabinet comme au gouvernement, ils n’ont ni compris que la Médiathèque Nouvelle était devenue un opérateur d’appui, ni mesuré la richesse de ce qu’elle avait patiemment reconstruit. La décision s’est prise sans examen sérieux de l’existant, et sans plan crédible pour l’avenir d’une collection patrimoniale unique », dénonce une source proche du dossier, en guise de conclusion amère.