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par le Conseil de la Musique

Typh Barrow

La voix rêvée

Philomène Raxhon

Femme en cotte de maille, guerrière à la fois puissante et vulnérable… en ce mois de mars, Typh Barrow se présente au monde avec un nouvel album, six ans après son dernier enregistrement. Sur dreama, c’est une nouvelle femme et artiste qui se déploie au rythme de morceaux aussi poétiques qu’audacieux.

Vous postez depuis fin janvier des vidéos sur les réseaux sociaux où vous portez une cagoule en cotte de maille. Qu’est-ce qu’évoque cette cagoule?
Cette fameuse cagoule est le fruit d’une collaboration avec le designer parisien Christophe Leka et le visuel fil rouge de l’album. Elle évoque un peu une seconde peau, une enveloppe symbolique que j’ai endossée depuis la naissance de mon fils. Elle représente ma propre renaissance, une armure contemporaine qui évoquerait une guerrière, une version de moi plus forte. En même temps, je voulais suggérer la vulnérabilité qui se cache en dessous de l’armure. Sur la pochette de l’album, on peut voir ma peau nue en dessous de la cagoule, qui fait office de protection face aux regards. Dans les vidéos, je porte aussi la cagoule dans des situations très ordinaires – je me prépare des œufs, je vais nager – et c’est une manière de dire que l’“empowerment” n’est pas nécessairement un état spectaculaire, c’est quelque chose qui se construit dans des gestes simples. J’aime beaucoup ce paradoxe. L’argenté de la cotte de maille représente notamment le féminin sacré, la lune, les cycles. Toute cette symbolique a donc été pensée mais elle est aussi venue naturellement, comme une évidence.
 

Typh Barrow
J'ai clairement eu envie d'une production plus moderne, plus audacieuse.


Cet imaginaire épique, onirique rappelle les sonorités de l’album. Plusieurs titres sont même dotés d’introductions instrumentales assez cinématographiques. Est-ce que vous avez pensé cet opus à la manière d’une bande originale de film?
J’ai clairement eu envie d’avoir une production plus moderne, plus riche, plus audacieuse, tout en gardant un côté organique. Je suis sortie de mon mode piano-voix solitaire pour entrer dans une façon de produire et de composer davantage en collaboration. Avant, je me mettais dans ma bulle. Le processus était parfois douloureux, parfois confrontant, parfois très positif aussi, mais solitaire. Et j’avais la sensation que ça ne me permettait plus d’évoluer, j’aspirais à d’autres choses. Je me suis dit que la meilleure manière de refléter cette nouvelle version de moi-même, c’était peut-être de bousculer mes habitudes et de travailler avec des regards extérieurs. Et ça a été hyper chouette, j’ai senti que ça avait apporté une autre dimension à ma musique. Avec cet album, je cherchais aussi à créer une expérience plus immersive, avec des interludes que j’ai imaginés effectivement très cinématographiques, un peu à la Woodkid ou à la Requiem for a Dream. Ça m’a permis de m’amuser avec les voix et de partir dans du lyrique ou du gospel. C’est une liberté que je ne m’étais pas autorisée dans le passé. Je voulais que l’album s’écoute comme un tout, et que le spectateur puisse être plongé dans une expérience.

Plusieurs morceaux de dreama tournent autour de la féminité et de la maternité. Le titre Rise évoque quant à lui le combat féministe. Ces thèmes vous animent particulièrement?
Quand on devient maman, on a tendance à faire passer le côté mère avant sa propre individualité, avant sa féminité aussi. Ça a été très important pour moi de me réapproprier cette féminité et de l’affirmer. J’aime aussi l’idée de revenir avec un titre auquel on ne s’attend pas forcément, une chanson si sensuelle. Devenir maman, c’est aussi prendre tout à coup en responsabilités, ce qui suscite des prises de conscience en tant que femme. Je ne suis plus la petite fille que je pensais être. Ces thèmes sont venus assez naturellement dans la session studio, c’est par la suite qu’on se rend compte que l’inconscient avait besoin de parler de certaines choses qu’on avait peut-être enfouies.

Il y a un featuring sur cet album, c’est la chanson Miracle, où on entend la voix de votre enfant de deux ans. Comment ce titre est-il venu au monde?
Je l’ai composé pendant que j’étais enceinte. J’ai gardé assez longtemps le secret de ma grossesse, même auprès de mon entourage. Donc quand j’ai composé cette chanson, personne ne savait de quoi je parlais. Je l’ai écrite comme un cadeau pour mon futur enfant… et pour mon homme aussi. Miracle n’était pas du tout vouée à se retrouver sur l’album. Mais, à un moment donné, c’est devenu une évidence. Si cet album devait raconter les deux ans d’ascenseur émotionnel que j’ai vécus loin des médias, cette grossesse devait en faire partie. Et puis le fait que mon fils vienne poser sa voix sur cette chanson qui lui était destinée avant même qu’il naisse, c’était une chouette façon pour moi de boucler la boucle. Quand Miracle est sortie, j’ai reçu tellement de témoignages de mamans ou futures mamans qui galèrent et se sont senties comprises avec ces mots. Bien que ça n’ait pas été mon cas, ça relève parfois du miracle d’arriver à tomber enceinte. Je ne m’attendais pas du tout à cette réaction et je suis super contente d’avoir partagé cette chanson si elle a pu donner de l’espoir à d’autres femmes.

Après la sortie de dreama, une tournée vous attend en avril. Comment abordez-vous votre retour sur scène?
J’aborde cette tournée avec beaucoup de concentration, d’excitation, de hâte, mais aussi beaucoup d’appréhension parce que, sinon, ce ne serait pas tout à fait moi. Pour le moment, j’ai particulièrement hâte parce qu’on est en plein dans la construction du show et on peut commencer à décompter les semaines. Le public a l’air d’être au rendez-vous, les salles se remplissent bien. Maintenant, on espère ne pas les décevoir. Puisque l’album ne sort que quelques jours avant les premiers concerts, beaucoup de gens vont probablement le découvrir sur scène. C’est aussi l’occasion de surprendre le public en composant des versions inédites de certains morceaux des précédents albums. Et pour le reste, il faudra venir. On ne va pas en dire trop non plus.


Typh Barrow
dreama
Autoproduction