Blu Samu
Trouver sa place
Comment ne pas péter un plomb dans le monde moderne? Comment endurer la pression dans l’industrie musicale? Après avoir percuté ces questions de plein fouet, Blu Samu offre une réponse convaincante : (K)NOT, un premier album percussif et percutant, infusé de bonnes vibrations électroniques, de RnB, de rap tuga, de soul et d’une énergie punk-rock. Tout ça? Et bien plus encore…
Depuis des années, le public vous identifie comme une personnalité de la scène bruxelloise. Paradoxalement, votre premier album n’a pas vu le jour dans la capitale. Pourquoi avoir quitté la ville?
J’avais besoin de faire un break. J’ai atterri dans un petit appartement anversois, loin du tumulte, des distractions, de l’effervescence artistique, de la stimulation permanente. Cette pause a été salutaire. J’ai entamé un voyage de réconciliation avec ma propre personne. Mon rapport aux émotions a changé. J’ai commencé à mettre le doigt sur ce qui ne tournait pas rond.
Blu Samu
Quand on me demande de décrire ma musique,
je n’ai jamais de réponse satisfaisante.
Impossible de circonscrire mon univers.
Quel était le problème?
Pendant longtemps, j’ai cru être en mesure d’exfiltrer mes idées noires à grand renfort d’amour et de bienveillance. Je ne voulais, en aucun cas, donner une réalité à mes émotions négatives. Mais en fonctionnant de la sorte, j’ai fait pire que mieux. Lors d’une thérapie, j’ai compris qu’il était naturel d’extérioriser son spleen. C’est en lui donnant de la place qu’on parvient à l’identifier… et à lui accorder moins d’importance. C’est un processus d’acceptation.
Votre mal-être était-il lié à Bruxelles?
Pas du tout. J’aime trop Bruxelles. Je viens d’y emménager. Je pense que la ville n’a jamais été un problème. Le souci était plutôt d’ordre personnel. J’étais dans une fuite permanente.
Votre renouveau créatif passe aussi par le Portugal. Quelle est la place de ce pays dans la genèse de (K)NOT?
Chaque fois que je vais à Santa Maria de Lamas, une petite commune située à une trentaine de kilomètres de Porto, je me reconnecte à Salomé Dos Santos. J’ai grandi là-bas jusqu’à mes 6 ans. Ce lieu me ramène à l’enfance. À une période où j’étais préservée des problèmes, des épreuves, du monde adulte. Retourner au Portugal, c’est comme une reconnexion à mon passé, à la petite fille rêveuse, honnête et vulnérable. Celle qui s’exprime ouvertement, sans filet. En arrivant au Portugal, j’ai composé Yearning. Ce titre donne un cap à l’album. Sans le Portugal, ce disque aurait été incomplet.
L’album navigue entre RnB, punk, rap, soul ou drum and bass. Quelle est l’origine de cette esthétique en “flux dispersé”?
Quand on me demande de décrire ma musique, je n’ai jamais de réponse satisfaisante. Impossible de circonscrire mon univers. Parce que je suis influencée par une multitude de choses. Là, par exemple, j’ai reçu mon “Spotify Wrapped”, une fonctionnalité qui t’offre une rétrospective personnalisée de tes écoutes annuelles. La plateforme de streaming m’indique qu’en 2025, j’ai écouté 39 styles musicaux différents. Ça part dans tous les sens. Ce n’est pas forcé. Je fonctionne comme ça. Alors, forcément, quand on me demande ce que je fabrique, je n’ai pas envie de déballer 39 descriptions plausibles. Parce qu’en vrai, je n’ai aucune limite J’ai conçu l’album de façon intuitive. Alors, effectivement, c’est très volatile. Mais ça me ressemble complètement.
L’album bénéficie des services du producteur Sam Tiba (Zola, Georgio). Quel rôle a-t-il joué dans la mise en œuvre des nouveaux morceaux?
Dans le milieu de la musique, c’est l’une des seules personnes qui me comprend. Parce que, parfois, il m’arrive de débarquer dans un studio d’enregistrement et de dire : « Je veux faire une chanson qui évoque le fond des océans. Un lieu d’apparence calme, mais aussi extrêmement bruyant, à cause de la pression dans les fosses abyssales ! » Quand je sors ce genre de considération, tout le monde me prend pour une dingue. Mais pas Sam Tiba. Lui, il comprend direct ce que je veux.
Blu Samu
J’ai mis le K entre parenthèses pour suggérer
le côté ambivalent de la situation.
Genre, “I’m OK, but I’m not”.
Vous dites que l’album est né dans la sérénité, après des années à chercher la sécurité. Il venait d’où le danger?
De moi. Mon système nerveux était en alerte rouge. Je m’interrogeais sur tout. Tout le temps. Comment les gens me perçoivent ? Est-ce qu’untel est sincère ? Que puis-je attendre de cette relation ? Vivre comme ça, dans une forme de projection permanente, c’est épuisant. À un moment, j’étais complètement déréglée. Un jour, j’étais boostée. Le lendemain, incapable de parler à qui que ce soit. Je restais au fond de mon lit, sans bouger, à ne rien faire. Là, j’ai capté qu’un truc était cassé.
Peut-on parler de dépression?
Évidemment ! C’était les montagnes russes. J’enchaînais les hauts et les bas à une vitesse hallucinante. Aujourd’hui, je me sens très à l’aise avec ce sujet. C’est d’autant plus important d’en parler que certaines personnes s’obstinent à refouler. Ce qui les amène à éprouver la dépression au quotidien, pendant toute leur vie. Moi, je n’ai plus aucun tabou là-dessus. Les problèmes mentaux, allons-y, parlons-en !
Le titre de l’album, (K)NOT, suggère autant le lien que l’enlacement, la tension que la libération…
C’est exactement ça. Ce sont des émotions inextricablement liées entre elles. J’ai mis le K entre parenthèses pour suggérer le côté ambivalent de la situation. Genre, “I’m OK, but I’m not”. Je pense que, d’une façon ou l’autre, tous les nœuds sont encore là, entortillés. Ces nœuds sont au cœur de ma personne. Ils font de moi une personne singulière. Mais cela implique de composer avec des hauts et des bas.
(K)NOT
Animal 63/Believe
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Blu Samu - Nonsense (Official Video)