Philippe Boesmans
WAVES
En 2026, le pianiste et compositeur aurait eu 90 ans. Ses amis Fabrizio Cassol, Benoît Jacques de Dixmude, Bernard Foccroulle, Kris Defoort, Sylvain Cambreling, Benoît Mernier, Jean-Luc Fafchamps et Camille De Rijck s’attachent à lui rendre hommage dans une suite d’événements intitulée Boesmans Waves.
Né en 1936, le pianiste et compositeur Philippe Boesmans aurait eu 90 ans en 2026, l’une des raisons pour lesquelles aura lieu, en début d’année, une suite d’événements tant académiques que musicaux intitulée Boesmans Waves. À la manœuvre, plusieurs proches, comme Benoît Jacques de Dixmude, ancien producteur à la RTBF où travailla le musicien, Bernard Foccroulle en tant qu’organiste et ancien directeur de La Monnaie, Fabrizio Cassol, saxophoniste de jazz et compositeur.
Fabrizio Cassol
Là où il y a du désenchantement,
Philippe Boesmans sait toujours mettre de la grâce.
Philippe Boesmans est décédé le 10 avril 2022, à l’âge de 85 ans. Peu avant, « il m’a demandé de prendre soin de son patrimoine, explique Fabrizio Cassol. C’est un grand honneur et une immense responsabilité, car la tâche est assez gigantesque : à côté des dix opéras, il y a toute sa musique instrumentale, de chambre et symphonique. Certaines charges de responsabilité sont assez spectaculaires mais je donne tout mon amour pour que cette musique vive et, heureusement, je ne suis pas seul. »
Régularité absolue
Comme Bernard Foccroulle et Benoît Jacques de Dixmude, Fabrizio Cassol tient Philippe Boesmans en la plus haute estime : « C’est très rare, quelqu’un qui a été dans la composition d’opéras avec une régularité absolue pendant des décennies, et il a fait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre ! ».
L’histoire aurait cependant pu être toute différente. Né à Tongres, dans le Limbourg, le 17 mai 1936, Philippe Boesmans est entré au Conservatoire de Liège à l’âge de 16 ans. À l’époque, notamment à l’instigation du pianiste Pierre Froidebise, il est initié à la musique sérielle, aux œuvres d’Olivier Messiaen et de Karlheinz Stockhausen, ainsi qu’à la musique ancienne.
Après un long parcours passant notamment par Darmstadt, le post-sérialisme, etc., Philippe Boesmans entre en contact avec Gérard Mortier, jeune et brillant directeur de La Monnaie à Bruxelles, au début des années 80. À l’époque, l’opéra n’a pas bonne presse et Mortier s’est donné pour tâche de le dépoussiérer. Il n’empêche, lorsque, sur un livret de Pierre Mertens, le compositeur s’attelle à mettre en musique l’histoire de Gilles de Rais, il compte bien « en finir avec l’opéra ».
Le dernier était le premier
Ce qui devait être le dernier, La Passion de Gilles, fut en réalité le premier d’une succession quasi ininterrompue de dix opéras. « Avant de partir, alors qu’il finissait On purge bébé !, il travaillait déjà sur un autre opéra, se souvient Fabrizio Cassol. C’était son univers le plus naturel, en tant que compositeur et homme de théâtre. »
En effet, Philippe Boesmans était fasciné par l’œuvre de William Shakespeare et On purge bébé ! est basé sur la pièce éponyme de Georges Feydeau. Ses collaborations avec des metteurs en scène comme Luc Bondy (Wintermärchen et Reigen) ou encore Joël Pommerat (Au monde et Pinocchio) témoignent également de ses liens avec l’univers théâtral.
« Ce qui intéresse Philippe Boesmans, c’est de raconter des histoires dans une approche théâtrale, analyse également Benoît Jacques de Dixmude. Et, comme Mozart, il a un amour pour ses personnages sans jamais émettre de jugement ». « Il sait écrire très bien pour tous les personnages qui ont beaucoup de bonté, comme ceux qui ont un caractère terrible, confirme Fabrizio Cassol. Il sait se mettre dans la peau de tout le monde quand il écrit et, là où il y a du désenchantement, il sait toujours mettre de la grâce. »
Au diable le post-sériel !
Qui plus est, « Quand il écrit, Philippe Boesmans essaie toujours de se mettre à la place du public », selon le musicologue Benoît Jacques de Dixmude. « Il s’est très vite débarrassé des préoccupations post- sérielles et, pour lui, la consonance n’était pas un vilain mot ! Toucher le public était important pour lui. Idem avec le patrimoine musical : quand il s’en sert, il le fait avec son talent, son humour et sa virtuosité. »
En effet, dans l’œuvre de Boesmans, il y a cette continuité : « Très virtuose, il se nourrit du patrimoine. Ainsi, dans la pièce pour orgue Fanfare II, il disperse le thème du “kyrie” de la Messe de Nostre Dame de Guillaume de Machaut, et l’orgue lui permet de fort jouer sur les timbres. Dans cette pièce, qui date de 1972, on trouve des procédés que Philippe va utiliser cinquante ans plus tard, comme le thème de Mendelssohn dans On purge bébé ! »
Dans Fanfare II – créé par Bernard Foccroulle et filmé récemment à l’orgue de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles -, comme dans tous ses opéras, Philippe Boesmans utilise clairement la notion de “Klangfarbenmelodie”, ou de “mélodie de timbre” : « Travaillant la couleur du son, il s’attache à faire circuler un thème musical à travers des timbres différents », analyse Benoît Jacques de Dixmude. « Dans la salle, cette circulation du son est absolument fascinante mais elle est plus difficile, voire perturbante, pour les musiciens. » En effet, « cela exige une écoute plus intense entre musiciens et un chef extrêmement attentif à assurer la fluidité et la continuité de la musique ».
Rire
De leur rencontre au Conservatoire de Liège au début des années 80, Fabrizio Cassol conserve le souvenir d’une personne « extrêmement charismatique, à l’aise dans toutes les situations ». Dans la fine équipe, on trouvait également Bernard Foccroulle, Michel Massot, Kris Defoort. « Chez lui, tous ensemble, on rigolait. Il aimait beaucoup rire, c’était joyeux et nourrissant. »
Par ailleurs, « il nous a donné une impulsion sur notre attitude par rapport à la recherche musicale », se souvient le saxophoniste et compositeur. S’il est toujours admiré pour sa musique aujourd’hui et que son œuvre, régulièrement reprise, poursuit son parcours créatif, « cela tient au génie de sa musique, profondément humaine et extrêmement exigeante à jouer ». Pour Fabrizio Cassol, la musique de Philippe Boesmans « procure beaucoup de plaisir à interpréter et, pour le public, elle semble évidente à recevoir ».
Boesmans Waves 2026
Une première “Boesmans Wave” voit le jour cette année, grâce à l’enthousiasme de partenaires tels que La Monnaie, Flagey, Brussels Philharmonic, le Conservatoire Royal de Bruxelles, le Collège Belgique, l’Académie Royale de Belgique et le Klara Festival.
Un site web accompagnera la manifestation : philippeboesmans.be.
Avec notamment une “Journée Boesmans” au Collège Belgique à l’Académie Royale de Belgique et de nombreux concerts, master class… en ce mois de mars 2026.