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par le Conseil de la Musique

Konoba

La science des rêves

Nicolas Alsteen

Sur un fil tendu entre rêve et réalité, Konoba trouve l’équilibre parfait. Tel un funambule suspendu au-dessus d’un monde à l’arrêt, le chanteur traverse une époque troublée et interroge l’apparente stabilité de nos vies à travers des mélodies pop-modernes. Album à forte charge émotionnelle, It Was Only a Dream voit Konoba franchir un cap, mais aussi s’affranchir de certaines déformations professionnelles. Enfermé dans un appartement de Tbilisi, en Géorgie, l’artiste en profite pour se confier au magazine Larsen.

It Was Only a Dream est le nom de votre album, mais aussi le titre d’une nouvelle chanson. En quoi est-elle plus significative que les autres?
Je me sentais en phase avec le thème développé dans ce morceau. It Was Only a Dream est une phrase qui symbolise bien l’état d’esprit dans lequel j’étais ces deux dernières années. Face à la pandémie, une partie de moi s’interrogeait en effet sur la vraisemblance de la situation. Étions-nous dans la réalité, un rêve ou un cauchemar? Je suis parti de ce questionnement pour imaginer une histoire d’amour trop belle pour être vraie. Lorsqu’une relation dépasse nos espérances, on peut en effet avoir peur de se réveiller par peur de tout perdre…

En 2017, vous avez sorti le single On our Knees en compagnie du producteur bruxellois R.O. Ce titre comptabilise désormais quelque 50 millions de vues sur YouTube. Pour un morceau concocté en toute indépendance, le score est impressionnant. Avec du recul, comment expliquez-vous ce tour de force?
Quand je songe à ce single, j’éprouve d’abord un sentiment de gratitude. Ce titre a permis à ma carrière d’éclore. Grâce à lui, j’ai voyagé et vécu des moments inoubliables. Si je suis conscient de tout ce que cette chanson m’apporte, je sais aussi ce qu’elle me coûte… Jusqu’ici, aucun autre de mes titres n’a remporté un tel succès. Cette situation est d’ailleurs à l’origine de nombreuses réflexions et d’un véritable processus d’acceptation. Aujourd’hui, quand l’un de mes morceaux enregistre un million de vues sur YouTube, je dois m’en réjouir, sans comparer avec les chiffres générés par On our Knees.


Ce single a-t-il changé votre rapport au succès?
Dans une certaine mesure. Parce que ce titre tend à générer des attentes disproportionnées. Après On our Knees, j’ai parfois cherché à plaire en prenant des directions artistiques qui ne me ressemblaient pas vraiment. J’espère ne plus jamais tomber dans ce piège… En 2022, je n’ai plus pour ambition d’être une star mondiale et de signer des tubes à succès. Désormais, mon principal objectif, c’est de rencontrer les goûts d’un public qui se reconnaît à travers ma musique.

Ces dernières années, pourtant, Konoba s’est forgé une fameuse réputation à l’étranger, notamment en Europe de l’Est. Quel est le point de départ et la raison de cet engouement pour votre musique dans cette partie du monde?
J’ai beaucoup tourné en Pologne, en Roumanie ou en Ukraine. Toutefois, là où je connais un véritable succès populaire, c’est en Arménie, en Turquie et en Géorgie. Se retrouver là-bas, devant 15.000 personnes qui reprennent mes chansons en chœur, c’est un sentiment indescriptible. Je n’ai jamais imaginé vivre de tels moments… Je ne peux bien sûr pas me plaindre de mon parcours en Belgique. Pourtant, c’est incomparable avec le succès que je rencontre en Géorgie. Là-bas, je suis invité au JT et sur les plateaux télé. Par ailleurs, je comptabilise presque 6 millions d’écoutes sur les plateformes de streaming. Alors que le pays ne compte que 4 millions d’habitants… Pour tenter de comprendre cet engouement, je m’en remets aux harmonies vocales. C’est un trait de caractère commun à toutes les musiques populaires qui bordent la Mer Noire. Et il se fait que, dans mes chansons, les harmonies vocales sont très présentes. Cela n’explique pas tout, mais c’est peut-être un élément de réponse.

Vous êtes actuellement à Tbilisi, en Géorgie. Cette relocalisation est-elle à mettre en lien avec votre popularité?
Je ne parle pas un mot de géorgien. C’est une langue qui demande de maîtriser l’alphabet kartveli. Pour un étranger, l’apprentissage est extrêmement difficile… Je ne projette donc pas de m’installer durablement à Tbilisi. Ma présence dans le pays découle plutôt d’un concours de circonstances. Ma compagne est Géorgienne. Avec la crise sanitaire, elle doit attendre trois mois avant de pouvoir accéder librement à l’espace Schengen. Cela étant, la Géorgie tient vraiment une place à part dans mon cœur. À force d’y jouer des concerts et de participer à des conférences de presse, je me suis lié d’amitié avec de nombreuses personnes. C’est d’ailleurs ici que j’ai rencontré ma compagne.

 

Konoba

L’image d’un ordinateur posé au coin d’un feu de bois est en parfaite adéquation avec la réalité de mon processus créatif.

 

Toutes les chansons de l’album précédent (10) découlaient d’expériences vécues à l’étranger. À l’inverse, It Was Only a Dream s’est dessiné dans un monde à l’arrêt. Ce contexte a-t-il modifié votre façon de travailler?
D’un point de vue créatif, It Was Only a Dream est l’exact opposé de 10. Ce disque était le fruit d’un long voyage en compagnie de R.O. Nos chansons voyaient le jour dans des chambres d’hôtel, des avions ou des lieux de transit. Cette fois, la création de l’album découle d’un processus solitaire et ultrasédentaire. Pour l’essentiel, je l’ai composé dans un petit chalet du côté de Stoumont. Cet endroit est un véritable cocon qui me préserve de toutes formes de distraction. L’atmosphère de ce lieu imprègne l’ADN des nouveaux morceaux. Sur It Was Only a Dream, les productions sont résolument modernes et électroniques, tandis que les arrangements sont plutôt portés vers des sonorités organiques et chaleureuses. En cela, l’image d’un ordinateur posé au coin d’un feu de bois est en parfaite adéquation avec la réalité de mon processus créatif.

Certains morceaux de l’album sont répertoriés sous forme d’emojis. Quel sens faut-il leur attribuer?
Au terme de l’enregistrement, j’ai écouté l’album d’une traite. J’étais super heureux des mélodies et des textes proposés dans les chansons. Néanmoins, j’avais l’impression d’arriver avec quelque chose de très copieux. Pour alléger le menu et laisser respirer l’ensemble, j’ai imaginé des interludes, une introduction et un épilogue. Plutôt que d’associer un titre à ces différentes transitions, j’y ai accolé des émojis. Je trouve que cette présentation aère les choses et suscite la curiosité. Le choix des emojis est à mettre en relation avec l’intitulé de l’album. Les petites étoiles, la poudre du marchand de sable, les croissants de lune ou le cœur sont en effet des symboles que j’associe à l’imagerie du rêve. Un thème qui traverse l’album de bout en bout.

Konoba
It Was Only a Dream
Mouda Music