La Cabane ferme ses portes
Le secteur de la fête bruxelloise en crise
Brussels By Night, le réseau professionnel unissant 50 acteurs et actrices de la fête bruxelloise, tire une fois encore la sonnette d’alarme suite à la fermeture du Club La Cabane situé à Watermael-Boitsfort.
Ce n'est pas le premier club à avoir mis les clés sous le paillasson récemment. Trois clubs et bars de nuit majeurs (Bonnefooi, Spirito, Reset) ont disparu depuis le début 2025.
Dans un communiqué, envoyé ce 24 novembre, la Brussels By Night avance : "Ce n'est plus une série d’accidents isolés, c’est un effondrement structurel du tissu culturel nocturne". Arguant que cette nouvelle fermeture s’inscrit à l’encontre d’une apparente volonté politique de décentraliser la nuit vers la périphérie car La Cabane cochait toutes les cases: une jauge intimiste et une programmation de haute qualité mettant en avant des artistes locaux. Le club était un vrai soutien pour la scène émergente et un phare pour le rayonnement de Bruxelles au niveau international. Y ont joué récemment Etienne De Crecy, Carl Craig, Shanti Celeste, Palms Trax, MCDE…
Dès septembre 2024, BBN signalait la menace imminente qui pesait sur une dizaine d’établissements bruxellois, en raison de procédures liées à des plaintes de voisinage, jugées disproportionnées, d'une pression immobilière intenable (loyers, permis donnés à des voisins directs pour des activités incompatibles avec l’activité (souvent historique), des coûts énergétiques, bancaires et opérationnels (assurances, personnel, RDR) en explosion et donc d'une rentabilité devenue impossible.
La BBN souligne encore un acharnement administratif en forte hausse (notamment via des contrôles au Fuse, à La Cabane… avec coupure de musique) ou de la stigmatisation du secteur quant à son "soi-disant" rôle dans le soutien aux produits psychotropes illicites.
"La Cabane n’est pas une fermeture “de plus”. C’est un signal politique majeur" mettant en lumière l'échec de Bruxelles à protéger une scène reconnue depuis 2023 par la Région comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel bruxellois. La BBN souligne également l'impact sur leur activité "des établissements subsidiés qui se mettent désormais à organiser des événements de nightlife", posant la question de "comment des politiques qui soutiennent les acteurs “institutionnels” de la culture peuvent-ils laisser mourir les clubs qui portent cette culture toute l’année ?".
Le secteur exige aujourd'hui "des mesures structurelles, court et long terme, pour sauver ce qu’il reste de la vie nocturne bruxelloise".
Avec:
"- l’intégration d’une vision régionale de la nuit dans les majorités politiques, en consultation avec l’organe de référence dédié : le Conseil Bruxellois de la Nuit, composé d’acteurs experts (Brussels By Night, Fédération Horeca, cabinets ministériels régionaux, administrations communales…)
- l’adoption et l'application ferme du principe d’Agent of Change et le gel des procédures administratives contre les clubs menacés + la reconnaissance de l’impossibilité technique ou financière d’isoler davantage certains lieux historiques
- la révision des normes sonores pour les bâtiments “historiques” existants, et en activité
- la mise en place d’un fonds d’aide à l’isolation, géré de manière réaliste et adaptée aux contraintes techniques des clubs
- la mise en place d’un fonds Nightlife, à l’image de ceux existants pour les arts et opérateurs culturels (musées, théâtres, concerts…) - basé sur des modèles européens existants, soutenant des projets et selon une grille de lecture précise
- la réduction des charges patronales pour les acteurs de la nuit
- la stabilisation du taux de TVA à 6% pour le ticketing
- le plafonnement des coûts énergétiques pour les établissements culturels nocturnes
- la réflexion sur le statut d’équipement collectif pour les clubs
- la création de zones d’activités nocturnes dans des espaces non résidentiels (actuellement sous-exploités) et développement d’une vision urbanistique sur le long terme pour la nightlife (occupations temporaires, prise en compte de l’environnement…)
- le développement du financement structurel des organisations pérennes dans leur travail long terme sur la réduction des risques en milieu festif
- la reconnaissance de Brussels By Night comme interlocuteur sectoriel privilégié dans toutes les discussions concernant le clubbing bruxellois."
En somme, la reconnaissance de la valeur culturelle, économique, touristique et sanitaire des acteurs de la fête, "en termes de bien-être, d’inclusivité, de liens sociaux, de prévention, d’attractivité de Bruxelles, de son tourisme et de son économie locale, d’innovation et diversité culturelle".
Brussels By Night demande avec force un dialogue politique immédiat, des décisions, une vision. Avant une casse irrémédiable du secteur.