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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Sarrasine

Le grand écart

Stéphane Renard

Céline Bodson, qui fut pendant 11 ans le second violon du quatuor Alfama, est une artiste “classique” pur jus. Sara Picavet, elle, s’est affirmée comme une pianiste soliste branchée création contemporaine. Une excellente raison pour créer Sarrasine, un duo qui va dé-con-fi-ner les genres !

Partagez ! Classique•Contemporain #crossover #piano-violon
Le duo Sarrasine: Sara Picavet et Céline Bodson

Au tournant de leurs parcours professionnels respectifs, Sara et Céline ont eu envie de sceller dans un projet novateur une complicité musicale forgée depuis l’enfance.

Pourquoi ce nom étonnant de Sarrasine ?
Céline: Parce que j’ai été très touchée par cette formidable nouvelle de Balzac, qui y parle de la correspondance des arts…
Sara: Et puis Sara et Céline, cela fait Sarrasine. Ou la “zine” de Sara, comme vous voulez ! (rires) Mais c’est surtout un nom qui traduit notre volonté de ne pas rester à deux dans notre univers. Nous désirons aller à la rencontre d’autres expressions artistiques avec lesquelles nous voulons jeter des ponts.
C: Ce que nous faisons déjà entre nous…
S: J’avoue avoir un peu délaissé les grands compositeurs qui m’ont forgée en tant que musicienne – Mozart, Beethoven, Franck… Mais Céline m’attire à nouveau vers ce répertoire que je me réapproprie.
C: Quant à Sara, elle m’entraîne sur des chemins contemporains que je n’ai jamais vraiment parcourus. Pour moi qui ai l’oreille formée à la musique de chambre pour quatre voix, c’est la découverte passionnante d’un univers à part entière. Quand je lis de la musique de quatuor, je l’entends dans ma tête. Avec de la contemporaine, c’est impossible ! La partition est déjà toute une aventure.
S: Il est vrai que ce type de partition doit devenir aussi une habitude. Il faut assembler des notes dont on ne connaît pas la finalité car on n’a pas ou peu entendu l’œuvre. L’important est de toujours l’aborder sans a priori.
C: Et cela en vaut la peine ! Avec ce genre de pièce, il existe une liberté créative inimaginable dans un quatuor classique.
S: Beaucoup d’interprètes de musique contemporaine la jouent en effet de manière assez froide. Or, il faut y mettre autant d’émotion et de romantisme que dans les pièces classiques. Ce qui est génial avec Céline, c’est qu’elle interprète avec la même passion du Schubert ou du Benoît Mernier.
C: J’admets que, comme je n’ai guère de référence en matière de musique actuelle, je ne sais pas par exemple s’il faut mettre ou pas de vibrato. Je me sens comme une enfant. Mais cette innocence est nourrissante. D’autant que je partage avec Sara le goût de l’exploration. C’est ce trait commun qui nous a poussées à créer Sarrasine.
 

Sara PicavetL’important est de toujours aborder l’œuvre sans a priori.


Vous vous êtes intéressées à Bach et à Kurtág ?
S: Oui c'est un nouveau projet dont nous sommes heureuses de vous annoncer la programmation à l’Espace Senghor dès l’an prochain.
C: Associer la musique de Bach à celle de ce grand compositeur hongrois qui a balayé tout le 20e siècle peut surprendre. Et pourtant, c’est alors que je travaillais à la fois une pièce de Bach et une autre de Kurtág que j’ai eu le déclic. Ce que je jouais de Kurtág était une réponse évidente à Bach. Il y avait moyen de passer de l’un à l’autre en toute logique tant leur proximité était évidente.
S: C’est au départ de cette idée que nous préparons notre prochain spectacle, qui sera très révélateur de ce que Sarrasine veut être. Ici, nous allons beaucoup utiliser la vidéo pour augmenter la réalité en filmant certains de nos gestes. Cela dit, la vidéo n’est pas là pour faire de l’effet, mais pour souligner la dimension poétique de notre projet. La musique de Kurtág en reste la source.
C: Ce sera une expérimentation musicale et poétique. On est en pleine ébauche. Mais ce ne sera pas une prise de tête ! On espère que l’aspect pictural de notre démarche attirera aussi un public pas forcément mélomane, qui découvrira par accident la musique de Kurtág, aussi magique que celle de Bach.
S: Cela dit, pas de panique. Sarrasine donnera aussi des concerts beaucoup plus… sages !