Lutèce Lockness
aka Le Châ
L’artiste française basée à Bruxelles sort son premier album, Le Châ, sur le label Pan European Recording. Un disque hanté, porté par des instruments ancestraux…
Elle est arrivée à Bruxelles à 22 printemps, en a 32 maintenant mais ne s’est lancée dans la musique qu’il y a deux ans. Née dans le sud de la France, Lutèce Lockness (alias Lutèce Mauger) est montée faire des études d’art à Paris et Amiens avant d’atterrir à l’ERG dans son envie d’ouvrir le cadre et de casser les codes. Lutèce s’est fait connaître avec un livre photo en pierre de 300 kilos fabriqué avec des dalles de piscine. Elle et ses acolytes l’ont promené pendant le confinement en se faisant passer pour une équipe Netflix. Ils ont coécrit un livre (Bande organisée) sur ce périple. Puis elle a rejoint les Forsissies. Un groupe de copines, punk d’esprit, qui figure sur la BO de Putain et qui s'est produit aux Nuits Botanique le jour d’Angine de Poitrine.
Lutèce Lockness
Des Norvégiens m’ont dit que ça leur faisait penser à une de leurs langues disparues…
Le Châ est né après la découverte d’un bouzouki chez un ami. « Je ne savais pas ce que c’était. J’ai grattouillé et je me suis mise à faire du blues. Puis, comme j’avais beaucoup de mal à fixer la musique avec des mots, je me suis dit qu’être un chat pourrait me décoincer et me permettre de parler à l’humain. Je cogitais depuis six mois sur des projets artistiques qui incluraient la musique. J’ai rassemblé tout mon argent, c’est-à-dire pas grand-chose, pour acheter de la fourrure. Une copine qui venait d’accoucher a confectionné le costume gratuitement. »
Comme il y avait des notes médiévales dans sa musique, Lutèce s’est dit que le Châ, son alter ego félin, pourrait voyager dans le temps. « Que pour faire de la nouvelle musique, je pourrais aller chercher des instruments ancestraux. Je me suis dirigée vers la vielle à roue. Puis j’ai pensé à un ancien coloc’ qui faisait du clavecin. J’ai assemblé et j’ai posé ma voix dessus. C’était hyper dark. Je venais de vivre un deuil. J’étais en mode je me connecte. Je parle aux morts. » Son univers habité et cinématographique où se sont glissés des bruits de grenouilles et d’éoliennes, Lutèce y chante de sa voix ensorcelante dans un drôle de charabia. « Je sais exactement ce que chaque morceau raconte. Mais sans les mots dont je me débarrasse. Ça me fait du bien. Ça me libère pour chanter. Des Norvégiens m’ont dit que ça leur faisait penser à une de leurs langues disparues… »