Zonmai
«Quand j’écris, je pense beaucoup à mes copines»
Un an après l’excellent Birthday Saison, Zonmai a remis le couvert avec une nouvelle galette cinq étoiles.
Depuis ses premiers pas sur SoundCloud, Zonmai n’a pas chômé: trois EP balancés coup sur coup, une écriture en flux continu, et enfin Make Up, nouveau projet tout juste sorti du four. « En vrai, j’écris vraiment tout le temps », confesse-t-elle en fouillant son téléphone, avant de révéler fièrement qu’il contient « 2.550 notes », très exactement. En mémos vocaux, le constat est le même : 250 ces six derniers mois. Une création continue, parfois opaque, qui prend tout son sens une fois passée par la case studio.
Zonmai
L’art est plus grand que toi, et c’est pas plus mal.
À ses débuts, la Bruxelloise d’adoption compose sur des type-beats glanés sur YouTube. Puis viennent les rencontres, les labels, et le travail en studio: bye-bye les prods génériques, elle découvre le plaisir de créer un morceau de A à Z, épaulée par des beatmakers et des musicien·nes de renom, dont son fidèle acolyte JCM. « Lui, je me suis dit direct qu’il était fort, » raconte-t-elle.
Forte de plusieurs années de taf acharné, elle cale les fondations de Make Up lors de sa première résidence de création: rythme effréné, nuits blanches, deux morceaux par jour, et une overdose de violon dont elle se marre encore. « On en mettait partout, c’était indigeste, » se remémore-t-elle. Entourée d’une équipe solide, elle s’abandonne à l’énergie collective : « L’art, il est plus grand que toi (…) il y a des règles un minimum esthétiques que tu peux plus ou moins suivre et dépasser, mais c’est quand même un peu plus grand que ce que tu es toi, et c’est pas plus mal de ne pas le maîtriser tout le temps. » Cela dit, le studio reste un lieu en demi-teinte pour l’artiste : « En arrivant en studio, j’avais souvent peur que ce soit nul. Même la chambre d’un gars avec un micro dedans, c’est impressionnant. Être derrière un micro et chanter, ce n’est pas non plus anodin, comme acte. » Adepte de l’autotune, elle en fait rapidement une force créatrice unique, et une armure imparable : « L’autotune, je l’ai utilisé pour me protéger, mais aussi parce que j’aime trop le rendu. Mais tu restes grave protégée par le truc, tu peux faire des erreurs (…) et tu peux expérimenter plein de choses, c’est comme une puissance supplémentaire. C’est comme tout: il faut le comprendre, c’est un truc que tu captes en l’utilisant, et en en abusant », explique-t-elle.
Cette tension traverse Make Up, patchwork hétéroclite et pourtant très digeste, vitrine de tout ce que Zonmai a dans les tripes (ou presque). Un concentré de nostalgie Y2K, compact et glitché, où se croisent ses influences les plus lointaines : entre la pop de Lady Gaga, la French Touch de Daft Punk, la fougue de Starmania ou encore la bande son du premier volet de Fast and Furious, tout y passe. En résulte une collection terriblement honnête, guidée par la recherche de sensations, l’instinct et le moment présent. « Trouver ta patte et ton identité propre dans la musique, ça met du temps. Parfois ça n’arrive jamais, ça ne fait qu’évoluer », explique-t-elle, consciente que l’hétérogénéité peut parfois désorienter. Le titre du projet fait écho à cette ambivalence: le maquillage comme masque, comme jeu, mais surtout comme signe d’émancipation. « Moi, ça fait seulement un an ou deux que je me maquille et à la base, j’aimais pas de ouf. Ces derniers temps, ça m’a plu. En fait, j’aime bien avoir le choix », ajoute-t-elle.
Derrière les textures et les contrastes, Make Up porte aussi une parole intime et politique. Des chansons douces-amères qui touchent en plein cœur et abordent – frontalement et entre les lignes – la condition féminine: « Ce que je raconte dans mes textes, c’est aussi ma vie de meuf de 24 ans (…) Quand j’écris, je pense beaucoup à mes copines ». You go, girl.
[[#4477]]Zonmai (EP)
Make Up
Bleu Music/rec.+ULTRA
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Zonmai - Makeup