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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Margaret Hermant

Harp Hero

Dominique Simonet

Toujours à la lisière de la musique contemporaine et de l’électro ambient, la musicienne, désormais compositrice établie, s’éclate à la harpe trafiquée avec des pédales d’effets. Comme les rockers à la Stratocaster.

On la connaît, surtout comme violoniste, au cœur de plusieurs projets qui se sont faits un nom : le Quatuor MP4, Echo Collective, le quintette BOW. En 2021, Margaret Hermant compose sa première pièce, Under, dont Deutsche Grammophon Gesellschaft (DGG) assure la publication via la compilation Projet XII. Deux ans auparavant, Echo Collective avait déjà eu les honneurs de l’étiquette allemande, avec 12 Conversations With Thilo Heinzmann, en collaboration avec feu Jóhann Jóhannsson. Mais, pour Freedom, c’est elle qui se lance en tant que harpiste et compositrice.
 

Margaret Hermant
Le Moog et les pédales d’effets, la réverbe BigSky, le looper,
la pédale de distorsion, c’est comme les guitaristes, je m’amuse super bien!


Quel est le point de départ de cet album Freedom?
C’est parti d’une envie intuitive de faire un album en utilisant la harpe comme instrument central. Il n’y avait aucune contrainte mais, au contraire, l’idée qui prévalait était d’utiliser tous les atouts acquis depuis des années, le bénéfice de toutes mes collaborations. Freedom est aussi issu de la rencontre avec Fabien Leseure, avec qui j’ai pu développer la technique électronique. C’est un univers que j’ai commencé à explorer en faisant de la musique de film, qui ouvre des portes à la composition ; de là est venue l’envie de faire quelque chose de très personnel. J’ai proposé à Dustin O’Halloran de partir en tournée avec lui et, avec son accord, c’est vite venu dans le concret : composer pour le concert. C’est ma nature, je suis une performeuse ; la scène, j’aime beaucoup.

Titrer un album Freedom, ce n’est pas rien…
C’est un album de musique instrumentale, il n’y a pas du tout de revendication autre que l’envie de faire du bien, d’ouvrir les portes de l’imaginaire. En m’autorisant à m’imprégner de tout mon parcours, j’ai eu l’impression de liberté.

Quelle est votre démarche dans ce travail particulier?
Je n’utilise pas la harpe selon la technique pure mais un peu comme en rock, pour en tirer des sons différents. Je ne suis pas une harpiste virtuose et cette démarche, très différente pour moi de celle du violon, me permet d’être plus dans le jeu de l’essai-erreur, tout en étant en phase avec l’intuition. Mes gestes sont très différents de la façon traditionnelle d’aborder l’instrument. Ainsi, on tombe sur des choses que l’on n’a pas imaginées. C’est la carte blanche que je me suis donnée.

L’étiquette allemande qui publie l’album, Neue Meister, est très orientée musique néoclassique…
En composant, je ne me suis pas mise dans une case. De manière inéluctable, puisque je viens de plusieurs mondes différents, du modern-classical et de l’électronique… Pour compléter le travail à la harpe, j’utilise le Moog et les pédales d’effets. Fabien est sur scène avec un synthétiseur modulaire, qui donne beaucoup de liberté. On arrive à des choses inattendues, qu’on ne maîtrise pas toujours, et qui ne sont pas toujours faciles à recréer sur scène. Le Moog et les pédales d’effets, la réverbe BigSky, le looper, la pédale de distorsion, c’est comme les guitaristes, je m’amuse super bien!

À propos de son, l’album Freedom existe dans une version “Dolby Atmos” et une autre, binaurale, pour l’écoute au casque…
On n’arrête pas le progrès ! (rires) Avec Fabien et Echo Collective, on a travaillé la multidiffusion, les nouvelles techniques d’écoute. On compose d’ailleurs différemment en sachant la manière avec laquelle ça va être transmis. Dans la composition, parmi les différents paramètres qui interviennent, il y a les technologies d’écoute. Cela se marque dans la spatialisation du son et dans le mix.

Suivant quel processus composez-vous?
En général, je compose à l’instrument, en improvisant ce qui me vient à l’esprit, des séquences, des harmonies, des variations. Cela se construit à partir du geste de l’improvisation. Et le son va me donner un nouvel espace d’imagination. J’installe d’abord une configuration de pédales d’effets ; ensuite, je fais une sorte de ping-pong entre les pédales et l’instrument. J’utilise aussi l’archet sur la harpe, avec effets de pédales. Je travaille sur ce que le rythme du son me donne comme informations et je construis le morceau comme ça.

Quel sens donnez-vous aux titres de morceaux comme A Leap into Silence, Smile et Shadows ?
Le sens est lié à ce que la musique m’évoque comme sensations ; tout est lié à la sensation de liberté, comme “Sourire”… Shadows, c’est l’ombre qui se profile quand on expérimente la liberté. On peut alors être confronté à la non-liberté. La liberté est quelque chose de très fragile, toujours en lien avec un environnement. On n’est pas libre tout seul mais en connexion avec l’autre, avec le contexte.

Il y a, dans Freedom, un aspect cinématographique, d’image animée. Comment vivez-vous cette autre facette de votre travail?
Je produis de la musique de film depuis cinq ans ; c’est une esthétique que j’aime beaucoup et qui correspond à ce que je suis maintenant. J’aime le rapport avec le réalisateur et ce que ça me donne comme recherche du discours musical en adéquation avec le film. On demande par exemple une inspiration flamenco et cela m’amène dans des voies musicales que je n’avais pas explorées auparavant. Comme il y a beaucoup de percussions, un thriller mène à des effets d’électronique encore plus manipulés. Cela devient l’une de mes activités principales. Je garde un pied sur scène, un autre dans la création de musique, notamment cinématographique.


Margaret Hermant
Freedom
Neue Meister