Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

Primero

Serein

Labrique

Ces derniers mois, les forces vives de L’Or Du Commun se sont dispersées. Loxley a pris les commandes d’une émission radio sur la RTBF, tandis que Swing s’est révélé en solo via un disque aussi précis que précieux. C’est aujourd’hui au tour de Primero de tirer son épingle du jeu. Profitant de la pause Covid, ce dernier publie Serein, un EP assemblé avec le soutien de producteurs comme Phasm ou PH Trigano. Sur ce disque, Primero-le-rappeur s’affirme en tant que chanteur. « Pour ça, je ne peux négliger l’influence de mon entourage. J’ai beaucoup appris au contact de Swing et Lous and the Yakusa, par exemple. Mais j’ai encore du boulot. Chanter correctement, ça demande du temps. » Sur la ‘bonne voix’, Primero impose un style qui, en moins fanfaron, évoque parfois celui de Lomepal (Masterpieces, Longues heures). Le titre du EP est aussi celui d’un morceau prémonitoire. Serein met en effet le doigt sur les risques du métier (« On bosse pour que les autres s’amusent. Puis, on fait la fête quand les rues sont désertiques. Jolie fille et petit morceau de plastique. Croisons les doigts pour que cette nuit de grabuge ne fasse pas le titre des articles. ») Écrit durant le confinement, ce morceau entretient à présent des liens ténus avec l’actu. Impossible, évidemment, de ne pas songer aux récentes déconvenues de l’ami Roméo Elvis. « Au début, l’insouciance est la norme, résume Primero. Mais une fois que le succès s’invite, il faut protéger son image et son intimité. Dans ce milieu, il faut être attentif au moindre détail. Chaque geste compte. Chaque parole est entendue… Le texte de Serein évoque les incertitudes de notre profession. En musique, la réussite tient à de nombreux paramètres. Le talent ne suffit pas. Il faut un peu de chance, compter sur un bon entourage, être capable de se vendre, mais aussi avoir une bonne hygiène de vie. À cela s’ajoute la difficulté de se projeter sur le long terme. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui. Si je devais arrêter la musique demain ? Je miserais sur l’autosuffisance et la simplicité, sans doute un boulot plus manuel et concret. » En attendant, Primero fait le taf et assure le service après-vente.

Nicolas Alsteen