Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie - Bruxelles
par le Conseil de la Musique

L’avenir de la Culture

Urgence et dossiers de fond

Didier Stiers

L’appel à projets lancé en septembre dernier par la Fédération Wallonie-Bruxelles sous l’intitulé “Un futur pour la culture” a porté ses fruits: 238 candidats ont été retenus parmi les quelque 1.000 dossiers rentrés. Petit récapitulatif…

Mais quand pourra-t-on remplir à nouveau le salles ?

Le groupe de réflexion, mis en place par la Ministre de la Culture Bénédicte Linard dans la perspective d’un redéploiement du secteur en FWB, a proposé son plan. Il vise à la fois à remettre la culture au cœur d’un projet de société et à réparer les dégâts causés par la crise sanitaire dans ce même secteur déjà fort fragilisé. Les mesures à très court terme seront prises dans la foulée d’un appel à projets : 238 d’entre eux ont été sélectionnés, pour un montant de 2.999.953,39 euros, finançant d’une part des résidences et d’autre part des bourses. « Ce sont des bourses de recherche, précise Philippe Kaufmann, l’un des deux co-présidents du “groupe des 52”. L’idée n’est pas de finaliser un projet. Quant aux résidences, elles ont pour but de faire se rencontrer artistes, lieux et publics plus diversifiés. »

L’appel à projets pour les bourses et les résidences pourrait être reconduit en 2021. « Quand on voit le nombre d’artistes qui ont sollicité, qui ont pris la peine d’écrire un dossier, on comprend bien qu’il y a une urgence, un besoin. Cela veut dire aussi en creux que l’institution culturelle – au sens large – n’y répond pas. C’est un signal politique très, très fort ! Peut-être y aura-t-il dès lors un deuxième tour. »

Quoi qu’il en soit, “la suite” est déjà en cours. Le groupe a aussi été plus loin et a dégagé des pistes de réflexion. « Nous avons parlé de la RTBF, de gouvernance, de parité, de visibilité, d’enseignement… Je pense par exemple beaucoup aux petits lieux, ceux qui ne sont pas financés. Comment les aider au mieux dans leur mission d’accompagnement des artistes ? Nous avons donc proposé de rédiger un cadastre de tous les lieux alternatifs. » Un cadastre qui sera d’autant plus utile que certaines demandes de bourses ou de résidences ont été introduites par des lieux inconnus de Philippe Kaufmann : « Alors oui, elles étaient très classiques, faire venir un groupe qui va s’installer, répéter, produire son album et faire un concert. C’est “résidence” un peu au premier degré, mais c’était déjà super d’avoir ces demandes parce que ça veut dire qu’il y a des lieux qui ont envie de ça. »

Si le secteur des “musiques non classiques” n’a pas répondu en masse à l’appel (une seule résidence sur les 55, et 14% des bourses de création si l’on compte les concepts multidisciplinaires), nombre de projets proposés étaient portés par les centres culturels. Réjouissant ! « Il y en avait vraiment beaucoup et dans une grande diversité de disciplines, musique, théâtre, danse… Pour moi, ça veut dire que les centres culturels sont les outils les plus intéressants et souvent sous-évalués en matière d’espaces de travail. Il faut aussi que les centres culturels soient mieux financés, puissent faire des choix parfois plus radicaux, sans être obligés de répondre à 40 demandes en même temps. On a un énorme maillage de centres culturels en Wallonie et il y a là un champ des possibles, de soutien aux artistes et de rencontre avec le public qui est incroyable ! »

Maintenant que les chambres de concertation et le Conseil supérieur de la Culture ont été installés, les 40 pages de conclusions laissées par les 52 vont y être décortiquées, synthétisées et donner lieu à des décisions structurelles. « C’est un peu le schéma : on est parti du court terme, parce qu’il y avait des gens à remettre d’urgence au travail, et maintenant, place aux dossiers de fond. Dans un monde idéal, si les autres font bien leur job, le groupe devrait disparaître.»